Quels sont tes premiers souvenirs de cinéma ?
Le tout premier, c’est un Disney, Dumbo ! Très triste… (Rires). Le plus marquant, en revanche, a probablement été un film mexicain, Llovisna, un voyage initiatique meurtrier au travers le pays, sorte de road movie psychologique sur fond de peur de l’autre. J’ai eu la chance d’avoir un père extrêmement cinéphile, proche du cinéma d’auteur. C’est lui qui m’a initié au cinéma français, qui m’a fait connaître Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac. Il m’a conseillé d’apprendre le Français, pour comprendre Cyrano « dans le texte ». Ceci dit, quand je suis arrivé à Vannes, j’ai surtout découvert qu’il existait aussi un patrimoine fait de comédies, genre La soupe aux choux !
Tu te sentais proche de la culture française ?
La culture française est très présente au Mexique, via l’architecture, le cinéma et la communauté française, qui a investi des quartiers entiers. L’ambassade organise tous les ans un Festival du film français. J’ai été surpris d’y trouver Banlieue 13 cette année. Luc Besson, et sa volonté de sortir les films français de la case « auteurs », doit y être pour beaucoup. C’est dommage, à l’heure où la plupart des réalisateurs mexicains (Rodriguez, Cuaron), à l’inverse, sont obligés d’aller travailler à Hollywood. Seul Iñárritu a réussi a créer une « nouvelle vague » mexicaine.
Pourquoi le choix de la photo, du poste de chef opérateur ?
J’ai beaucoup d’admiration pour certains chefs opérateurs, notamment Gordon Willis (Le Parrain), un vrai créateur de lumière, Laszlo Kovacs (Easy Rider), qui vient du documentaire et qui introduit un propos dans chaque plan, ou encore le français Darius Khondji, un inventeur ! Je cherche quant à moi à m’exprimer à travers les images, à leur donner du sens. A y dessiner ma vision du monde, un peu nostalgique, compte tenu de ma nationalité et la réalité du non-partage des richesses. La réalisation, en revanche, n’est pas ma priorité. Ce n’est pas nécessairement le mode de narration qui me convient le mieux.
Tu as néanmoins réalisé un autoportrait original, disponible en ligne…
Oui, un autoportrait parodique, décalé par rapport à l’image « folklorique » véhiculée par le fait d’être Mexicain : je ne vous fait pas un dessin… Je l’ai en partie tourné au Mexique, afin de jouer sur l’opposition « petit village traditionnel » contre « plus grande ville du monde ». Je me moque beaucoup de moi-même dans ce court métrage.
Comment envisages-tu tes dix prochaines années ?
J’ai toujours aimé voyager. C’est comme une drogue. Je ne peux pas m’imaginer rester quelque part pour le restant de mes jours. Et puis, ici, en France, le cinéma bénéficie d’un véritable statut, il est soutenu financièrement. On y aide les jeunes professionnels, contrairement au Mexique. Même si je souhaite, par réflexe patriotique, retourner un jour faire un film là-bas : le Mexique me manque quand je suis en France et inversement. J’aimerais pouvoir continuer à apprendre, peut-être à Paris. Je sais en tout cas que mes dix prochaines années seront les plus difficiles de ma vie, en termes de travail et d’implication.