Jean-Marc Vigouroux : Un ticket pour l’espace est une comédie très ambitieuse, très écrite…
Olivier : C’est vrai, la colonne vertébrale du film est plus solide que celle de Pamela Rose. Nous avons travaillé un an et demi sur l’écriture, en collaboration avec Julien Rappeneau. Le cinéma est une aventure collective. Nous souhaitions que la première partie du film soit d’une base extrêmement crédible pour autoriser le délire imminent dans la station spatiale, qui finalement n’arrive qu’après quarante minutes de film.
Kad : Le film ne s’adresse donc pas nécessairement aux fans de nos sketchs à la télé. Nous avions pour envie de fabriquer un beau spectacle, une comédie d’aventure, dont nous n’avons pas d’exemples en France. Ce n’est donc pas une parodie, même si 2001, Alien ou Apollo 13 sont cités. Et c’est dans tous les cas un exercice à prendre très au sérieux…
JMV : Est-ce que vous vous interdisez des choix dès l’écriture ?
Olivier : Le « trop » de références du moment, par exemple, afin que le film ne soit pas trop daté, qu’il vieillisse le mieux possible…
Kad : … et éviter les effets de mode et les gags qui ne nous font pas trop rire, dès l’écriture. C’est une cuisine assez compliquée, sans recette, qui ne produit pas toujours de petits miracles. On ne souhaitait pas un film à sketchs, mais un film tout court. A la télé, qui ne génère que du vide, on nous demande de boucher les trous. Ici, on joue, on prend confiance.
JMV : Vous avez bien fait de séparer votre duo à l’écran, Olivier le spationaute rigide et Kad le civil chanceux…
Olivier : Oui, ce n’est pas « Kad et Olivier dans l’espace » ! Du coup, ce mode séparé s’est imposé dès la première version du synopsis. Cela évite de surcroît un vrai-faux partage des blagues, pour que chacun s’y retrouve. Sans compter que jouer en permanence en duo peut devenir assez chiant car facilement répétitif. On redoutait plus que tout au monde d’être prévisibles.
JMV : Qu’est-ce qui ne vous fait pas rire du tout ?
Kad : Les faux comiques, qui pêchent par manque de talent et/ou de travail. De Funès disait qu’il était né comique et que le travail avait payé ensuite. Jamel Debbouze est comme ça aussi. Or, beaucoup de types croient que le comique s’improvise, que c’est l’accès direct au show-biz… Nous sommes de la catégorie des laborieux, nous écrivons tous les jours.
Olivier : Les imitateurs ne me font pas souvent rire, même les plus talentueux. Les sketchs politiques non plus, sauf ceux de Groland, dont les auteurs sont les seuls à avoir trouvé le bon mix. Et puis il y a la promo qui ne m’amuse pas beaucoup : ce n’est pas notre métier, surtout à la télé, avec laquelle l’échange n’est pas toujours équitable…
Kad : Je le fais personnellement avec de plus en plus de décontraction, dans la mesure où j’ai bien conscience que beaucoup de projets n’ont même pas accès à ce médium. Même si on attend de nous un « show », je sais aussi que c’est la garantie que les gens seront au courant de la sortie du film, ce qui, compte tenu de l’effrayante rotation des films en salle, n’est pas une mince affaire.
JMV : Avez-vous le sentiment de renouveler un peu la comédie française, très bourgeoise ?
Olivier : À neuf euros la place, la moindre des choses est de surprendre les gens, notamment les jeunes, qui ne me semblent plus dans la cible des Bronzés (rires). Je regrette que la comédie d’action, façon frères Farelly ou Jim Carrey, soit un genre déserté en France.
Kad : C’est par ailleurs un complexe culturel français. On nous considère comme des mecs décalés, alors que nous ne le sommes pas du tout ! Ce sont les télévisions qui décident de la valeur des projets aujourd’hui, à la place du public à qui on ferait bien de demander l’avis plus souvent. Du coup, à l’inverse de l’Angleterre, les producteurs ne prennent plus de risques et se contentent de ne pas déplaire, plutôt que de plaire.