> En Tête à tête avec Marc Grandsard

Quels sont les atouts de la double nationalité ?

Ils sont multiples : d’un point de vue professionnel, je peux travailler avec autant de facilité en France et aux Etats Unis. Et sur le plan artistique, je connais intimement les deux cultures, ce qui permet de relativiser les avantages et les inconvénients de chacune d'entre elles. Le seul souci de cette double nationalité, c’est qu’à un moment, il faut accepter d'en choisir une qui deviendra la dominante : j'ai personnellement mis plus de trente ans avant d'y parvenir ! (rires)

 

« Pourquoi » et « pour quoi » avez-vous choisi le cinéma ?

Il m’est difficile de répondre à cette question. Probablement parce que le cinéma est pour moi le moyen d'expression artistique le plus puissant. Mais aussi le plus frustrant, car on est plongé dans un univers de contraintes techniques et matérielles, qui forment une véritable course d'obstacles qu'il faudra franchir à chaque fois pour arriver à ses fins. En définitive, faire un film, c'est se faire violence : je crois qu'il faut être un peu masochiste pour aimer ça...

 

Vous avez multiplié les expériences, des deux côtés de l’Atlantique. La polyvalence est-elle indispensable pour évoluer dans le milieu du cinéma ?

C’est vrai que je suis un touche-à-tout : c'est avant tout une qualité pour apprendre, qui m'a beaucoup servi aux USA et m’a mené, au fil des expériences, à la fonction de conseiller au scénario puis de scénariste sur un projet que devait réaliser David Lynch. Un projet qui malheureusement n'a pas abouti, mais qui m'a permis de découvrir les rouages du cinéma américain. Mais la polyvalence est aussi une qualité pour enseigner, ce qui explique peut-être pourquoi je me sens à ma place dans une école de cinéma : je connais beaucoup de milieux très différents, les ayant tous fréquentés.

 

C’est pourtant une notion qui dérange en France…

Oui, on a tendance ici à décourager cette polyvalence et à pousser très vite à la spécialisation, du fait de notre marché du travail extrêmement rigide et très bouché : si tu ne fais pas ta place avant l'âge de trente ans, la route devient très difficile. C'est ce que j'ai découvert en rentrant en France en 1992. Il a fallu que je recommence tout à zéro.

 

Parlez-nous un peu du projet Tête à tête, le court métrage que vous venez de réaliser.

C’est la première fiction que je tourne depuis dix ans. Je suis parti d'un genre cher au théâtre : le monologue. Il y a de nombreuses années, j'ai vu La voix humaine de Rossellini, adapté du monologue de Cocteau, avec Anna Magnani dans le rôle principal. J'adore cette actrice et je crois, inconsciemment en tout cas, que c'est elle qui m'a poussé à écrire le scénario de Tête à tête.

 

… en un unique plan séquence ?

Oui, c’est l'histoire d'une femme qui se retrouve seule à dîner devant un caméscope, qui découvre petit à petit la vérité sur son couple et finit par tout casser. Il y a un an, j'ai rencontré Sylvie Tereso à Nantes, une comédienne formidable, parfaite pour le rôle. Je suis en outre particulièrement fier du fait que tous les postes sont tenus sur le film par des étudiants en deuxième et troisième année à CinéCréatis : ce sont d'excellents collaborateurs, qui compensent leur manque relatif d'expérience par une vraie motivation. Et puis il faut bien commencer quelque part ! (rires)