> Rencontre avec Matthieu Benoît...

D’où te vient cette passion du genre ?

Je suis né à Genève, dans un pays où le cinéma de genre est malheureusement sous-exploité. Mais j’ai eu la chance de découvrir des films violents très tôt (rires). J’ai vu Orange mécanique vers 10-11 ans, que j’avais détesté bien sûr, mais que j’ai appris, plus tard, à apprécier à sa juste valeur. La suite, c’est Alien, la trilogie des Indiana Jones et Star Wars. J’ai grandi, comme beaucoup, avec les films de Steven Spielberg, ma référence adolescente : un monstre ! Je me souviens d’avoir toujours été très attentif en salle, au grand dam de mes copains, qui ne comprenaient pas l’intérêt d’aller au cinéma seul plutôt qu’en bande. Surtout à quatorze ans !

 

Quels sont tes références, tes modèles, aujourd’hui ?

J’éprouve beaucoup de plaisir à plonger dans la diversité du cinéma asiatique : Old Boy de Park Chan-wook laisse des traces indélébiles. Je m’intéresse également de très près à Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream), David Fincher (Fight Club, la vraie revanche d’Alien3 sur les studios !) et M. Night Shyamalan, dont la manière de simplifier les scènes compliquées m’impressionne beaucoup. Et puis, au-delà du mythe, il y a Quentin Tarantino, pour avoir ouvert les portes de l’Asie et œuvré à démocratiser ses cinéastes en Occident. Et ce, en toute honnêteté : je respecte son envie, en marge de ses films, de rééditer des copies neuves de ses films de référence.

 

Qu’est-ce qui te plaît dans la réalisation ?

Cette troisième année me conforte dans l’idée que je suis plus à l’aise sur un plateau ou en post-production que n’importe où ailleurs. J’aime suivre de très près toutes les étapes. Le défi, pour moi, c’est de montrer les choses, de raconter une histoire, de manière inédite. J’ai du mal à rester dans des chemins trop tracés, à m’imposer des scènes obligatoires, façon blockbuster (rires). J’aime me dire qu’on peut s’autoriser à filmer un ongle arraché, même si cela fait grimacer le spectateur… Je trouve à ce titre que les nouvelles séries américaines (Desperate Housewives, Lost, Prison Break) sont impressionnantes dans leur capacité à innover.

 

Qu’as-tu appris sur les plateaux de Vodafone et Syriana ?

C’est le jour et la nuit avec les productions suisses ou françaises. Toutes les caméras 35mm sont doublées et on effectue des prises de 6 minutes : les acteurs hollywoodiens sont capables de réciter vingt pages de suite s’il le faut. Même les figurants sont professionnels et syndiqués là-bas ! D’où les petites incompréhensions quand les Américains tournent en Europe. Les budgets sont quasi-illimités : on peut intégralement changer une scène du jour au lendemain. Et encore, Syriana est un medium size, de seulement 60 millions de dollars (rires). Les spots Vodafone, quant à eux, étaient réalisés par des Anglais, entièrement sur fond vert et en 35mm, pour un budget équivalent à un téléfilm français : j’étais au retour vidéo et on a usé sept magasins en une demi-journée, en tournant en continu, sans le moindre « moteur ! » ni clap de fin. Dans les deux cas, tu apprends les amplitudes de travail, la ponctualité et la rigueur.