|
Jean-Marc Vigouroux : Vous n’en avez pas assez que l’on vous parle de votre père ?
Asia Argento : Parfois, si… C’est un cinéaste à très forte personnalité avec un univers dense. J’ai tourné à trois reprises avec lui, dans Trauma, Le syndrome de Stendhal et Le fantôme de l’Opéra. Je me souviens que pour mon sixième anniversaire, il m’avait offert Poltergeist, un film d’horreur qu’il pensait à ma portée ! (Rires) Et puis nous avions la chance de posséder à la maison un projecteur 35mm. Du coup, quand j’étais petite, mon père organisait des projections à même le mur. Mais je peux vous assurer que ce n’était pas des dessins animés, c’était généralement ses films à lui ! Ceci dit, je reproduis un peu la même chose avec ma fille de cinq ans, qui est déjà très cinéphile : elle voulait m’accompagner sur le tournage de Land of the Dead et les maquillages, les acteurs qui blaguaient avec elle, l’ont fait beaucoup rire. Du coup, quand elle a vu des images du film, elle n’a pas fait le distinguo entre la fiction et ses souvenirs de la réalité.
JmV : Vous alternez les films d’auteur et les grosses productions internationales. Comment réussissez-vous ce grand écart ?
AA : Je ne me pose pas la question en ces termes. Je sais que les gens aiment bien vous cataloguer, vous mettre dans une case. Peut-être est-ce plus confortable pour tout le monde. Toujours est-il que je prends autant de plaisir à jouer qu’à réaliser, même si les sujets de mes films sont assez… lourds émotionnellement ! Tourner avec Tony Gatlif par exemple a été la plus belle expérience d’actrice de ma vie : il est comme un « maître spirituel » qui permet à chaque comédien d’être très créatif. Il est le seul à connaître le scénario en entier, mais il vous met tellement en confiance que vous êtes prêt à devenir l’instrument de musique avec lequel il va jouer. On sait que la mélodie sera belle.
JmV : On ne vous a pas vue à Cannes quand Transylvania a été projeté en clôture du festival. Vous n’aimez pas les mondanités ?
AA : Non, ce n’est pas ça. C’est vrai que l’expérience de Transylvania m’a appris à me focaliser sur l’essentiel, parmi des gens qui n’ont rien. Nous profitions des instants et des rencontres à leur juste valeur. Quand je suis revenue à ma vie « ordinaire », j’ai mis du temps à me remettre dans la société de consommation, du luxe. Mais s’il y avait bien un film que j’aurais aimé défendre à Cannes, c’est bien celui de Tony ! C’est le premier film communiste que je fais (rires), dans lequel chacun s’est apporté lui-même en cadeau. Malheureusement, j’étais à l’hôpital au moment de Cannes et j’étais très triste de voir l’équipe sur ce tout petit écran. Je me rattrape un peu ce soir : je n’ai pas monté les marches de Cannes, mais descendu celles des salles de Nantes !
JmV : « Tu peux imaginer tout ce que tu veux, je l’ai fait » dit votre personnage, Zingarina, à Birol Unel dans Transylvania. C’est une maxime qui pourrait vous correspondre également ?
AA : Je ne crois pas non, je suis quelqu’un de beaucoup trop pudique. En revanche, Zingarina (qui signifie « petite Tsigane ») est une sorte d’Européenne type, qui parle plusieurs langues, qui voyage beaucoup, dont on ne connaît pas l’origine exacte. C’est plutôt dans cet aspect du personnage que je me retrouve personnellement. Je ne suis chez moi nulle part, suis toujours prête à faire mes valises et à partir. J’ai des racines tsiganes par l’une de mes arrière-grands-mères et, comme Zingarina, j’avais du mal à porter des chaussures quand j’étais petite ! Une chose est sûre en revanche, c’est qu’on ne revient jamais inchangé d’une rencontre avec le peuple gitan. Par ailleurs, Tony Gatlif dit joliment que Zingarina croit qu’elle aime un musicien, alors qu’elle est amoureuse de la musique elle-même. Là aussi, je suis proche de cette acception.
JmV : Vous mixerez bientôt en France ?
AA : Oui, pourquoi pas sur Nova ? Je ne me produis plus en public depuis une expérience étrange devant cinq mille personnes, à l’issue d’un concert d’un groupe d’amis à moi aux Etats-Unis. J’avais déjà joué deux fois dans la soirée et le groupe me demande de refaire un set. Ça s’est transformé bizarrement en une guerre, mais seule contre tous ! Le public est devenu super agressif et, du coup, j’ai renchéri. J’ai fini par envoyer un disque dans la foule, tout en mixant, qui s’est planté dans la tête d’un spectateur : il est alors revenu me le rendre, hilare, pour qu’on prenne une photo ensemble…
Filmographie sélective d’Asia Argento :
Actrice
2006
Transylvania de Tony Gatlif
Boarding Gate de Olivier Assayas
Une vieille maîtresse de Catherine Breillat
Marie-Antoinette de Sofia Coppola
2004
Land of the Dead de George A. Romero
Last Days de Gus Van Sant
2003
Ginostra de Manuel Prada
2002
XXX de Rob Cohen
La sirène rouge de Olivier Mégaton
1999
New Rose Hotel de Abel Ferrara Le fantôme de l’Opéra de Dario Argento
1998
B Monkey de Michael Ratford
1996
Le syndrome de Stendhal de Dario Argento
1994
La reine Margot de Patrice Chéreau
1989
Palombella Rossa de Nanni Moretti
Réalisatrice
2004
Le livre de Jérémie
2000
Scarlet Diva
|