> L’île aux trésors - Rencontre avec Alain Berbérian, Alice Taglioni et Gérard Jugnot.

 

Jean-Marc Vigouroux : L’île aux trésors a été présenté à la presse nantaise ce matin. C’est un « film de pirates » ou un « film piraté » que nous avons vu ?


Gérard Jugnot : C’est une manière plutôt originale de voir les choses ! C’est vrai que le personnage patibulaire de John Silver que j’interprète ici s’est retrouvé bien malgré lui amputé de la jambe, alors qu’il était blessé au bras, à cause de l’inconscience d’un médecin de bord alcoolique… Du coup, peut-être est-ce effectivement par maladresse que le cinéma français se fait à son tour amputer par des « pirates » modernes ? J’espère en tout cas que c’est bien une copie originale qui vous a été projetée ce matin (rires) ! Quant à votre allusion au « détournement » du roman de Stevenson, c’est vrai que le film est plutôt iconoclaste par rapport au style littéraire d’origine : le parfum que nous avons souhaité donner cette adaptation est fondé sur des références totalement revisitées par un humour scabreux, comme une sorte de « french touch » franchement grivoise... qui a eu par ailleurs le mérite de froisser largement les financeurs potentiels du film !


Alain Berbérian : C’est grâce à l’abnégation de Jean-Pierre Ramsay-Levi, un authentique producteur indépendant, que nous avons pu garantir la fabrication de L’île aux trésors. Malgré l’ampleur du projet, il s’est obstiné pendant cinq ans à le faire exister coûte que coûte, quitte à le proposer aux télévisions au format « mini série » en deux épisodes. Mais une telle aventure est un cadeau tombé du ciel pour un réalisateur ! Le genre étant très largement dominé par les productions hollywoodiennes, il a fallu trouver une « voie parallèle » et des aspérités distinctes, afin de compenser la différence de moyens (de un à dix en comparaison de Pirates des Caraïbes) par de l’humour « politiquement incorrect ».



JmV : Est-ce une difficulté supplémentaire de travailler à partir d’un scénario que ni l’un, ni l’autre, n’avez écrit ?


Alain Berbérian : C’est vrai qu’accepter de mettre en scène un film que l’on n’a pas écrit est toujours un challenge particulier. Il s’agit en effet de réussir à s’accaparer les choses, d’apporter un point de vue malgré tout original. Et même si je suis un inconditionnel des Révoltés du Bounty (version Marlon Brando) ou des Contrebandiers de Moonfleet, mon premier plaisir a plutôt été de me concentrer uniquement sur ce scénario très culotté, développé dans un premier temps par Fabien Suarez et Sion Marciano, puis par Fabrice Roger-Lacan, qui en a peaufiné les dialogues. Ensuite, je me suis efforcé de doser au mieux comédie et aventure.


Gérard Jugnot : Les sujets que nous abordons (l’homosexualité, le cannibalisme, la course aveugle à l’argent) sont à mon sens plus appuyés que d’ordinaire dans les comédies. Il n’y a pas de « héros », au sens glorieux du terme, puisque tous les personnages cohabitent « par obligation » dans une avidité commune. Et puis j’aime cette fin parfaitement ironique : Silver et la Baronne ont tous les deux sous les yeux le trésor qu’ils convoitaient (l’amour et l’argent), mais aucun des deux ne pourra jamais en profiter ! Sordide, non ?


JmV : Vous êtes une actrice un peu à part dans le panorama français, capable de passer de La bande du drugstore aux Chevaliers du Ciel ou à La doublure sans sourciller…


Alice Taglioni : C’est vrai que je n’ai pas vraiment de plan de carrière et que je suis heureuse, le plus simplement du monde, de chaque rencontre que je fais d’un film sur l’autre. Ça énerve un peu en France, parce qu’on aime bien regarder le parcours des comédiens au travers de prismes (du type « vous faîtes exprès d’enchaîner les comédies ? ») et finir par les ranger dans des cases. Ma seule règle est de continuer à apprendre, projet après projet. Ici, par exemple, j’ai appris à réduire mon débit de parole ! (rires) Je prends le métier très au sérieux et je n’accepte pas d’entrer dans un rôle si je ne suis pas sûre de moi : Alain le rappelle souvent, un comédien ne doit jamais dire « qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? » Nous sommes payés pour ça. Le metteur en scène ne doit qu’affiner, corriger. Jouer, c’est quand même la moindre des choses…



JmV : Dans quel état est-on à quelques jours de la sortie en salles, quand on sait que le film ne vous appartient plus ?


Alice Taglioni : Je n’ai pas de réelle pression. Jusqu’ici, je n’ai jamais porté seule aucun des films dans lesquels j’ai tourné. Du coup, le succès ou l’échec commercial de tel ou tel projet n’influe pas vraiment sur la suite de mon parcours. Je suis en revanche ravie de défendre L’île aux trésors jusqu’au bout.


Alain Berbérian : Je me souviens qu’à l’époque de La cité de la peur, j’avais parié sur un véritable carton… et j’étais bien le seul ! Chabat et Farrugia se foutaient gentiment de ma gueule et de ma naïveté. Disons que depuis, j’ai eu la chance de connaître le succès. Du coup, à chaque sortie nationale de l’un de mes films, je n’attends plus rien, comme ça je n’ai plus vraiment de déceptions, mais que des bonnes surprises !


Gérard Jugnot : Quoiqu’il arrive, je ne retiendrai de ce tournage que le plaisir ! Même si je souhaite que le public s’embarque avec nous dans cette histoire, je conserverai malgré tout ce petit plaisir égoïste de mes retrouvailles avec Jean-Paul Rouve, d’avoir fait la connaissance du délicieux et très pince-sans-rire Alain Berbérian (rires), et des huit semaines mémorables de tournage en Thaïlande. C’est suffisamment rare dans ce métier pour ne jamais être blasé !