> Cinéma en Bretagne - Rencontre avec l’équipe de Microclimat.

 

Jean-Marc Vigouroux : Microclimat a été tourné en 16 jours, en vidéo puis kinéscopé. C’est au final une contrainte ou une plus grande liberté ?


Marie Hélia : C’est franchement une très grande liberté ! Initialement, Canal Plus était intéressé par le scénario, mais ils voulaient m’imposer un casting, avec Jean-Pierre Bacri en tête pour jouer le rôle du père. J’imagine qu’il aurait ensuite fallu d’autres acteurs « en vue », à la « hauteur », pour lui donner la réplique. Je ne doute pas une seconde qu’il aurait été très bon, mais ce n’était plus le même film. Car le truc, c’est que j’ai écrit le script en pensant à « mes » acteurs. Du coup, j’ai dû me résoudre à tourner avec une équipe légère, soit, mais sans aucune pression extérieure. Ce qui, franchement, est aujourd’hui un luxe.


JmV : Pas de casting, donc ?


Marie Hélia : Non, mais une au final une très grande fluidité. Pour rassurer Olivier Bourbeillon, mon producteur, avec qui j’ai réalisé BZH, j’ai malgré tout organisé une lecture du scénario avec tous les comédiens, à Rennes, mais je savais déjà que c’était eux que je voulais. Dès le premier jour de tournage à Douarnenez, dès la première scène, celle de l’apéro (on ne se refait pas…), la solidarité familiale est immédiatement apparue entre les comédiens. Je crois que ce tournage court a paradoxalement soudé d’autant plus les liens que nous passions nos jours et nos nuits ensemble. Un peu comme au théâtre, avec la même tradition de troupe, les filles maquillaient les hommes, pour conserver l’énergie et éviter de perdre du temps ou de se démobiliser. Le film a vraiment été porté par les acteurs eux-mêmes : je disais « coupez ! » et la famille continuait d’exister au-delà de l’écran.


JmV : Ce n’est pas un peu déstabilisant quand on aime être dirigé ?


Catherine Riaux : Au contraire ! Marie Hélia « impose » l’intimité, à l’inverse d’autres metteurs en scène qui la « recherchent » en permanence, quitte à vous mettre mal à l’aise. J’ai été très étonnée du peu de prises tournées pour la plupart des scènes. Je crois juste que ça fonctionnait entre nous, naturellement. J’ai personnellement travaillé en entière confiance.


JmV : A la lecture, le film vous a-t-il paru ambitieux ?


Julie Henry : Oui, et ce malgré le manque de moyens ! La grande idée de scénario, c’est cette dispute qui éclate pendant le repas sur le trottoir d’en face, et qui va permettre à la famille entière de sortir de ce huis clos, de vider les sacs, chacun à sa manière. Et puis j’aime bien les apparitions du frère disparu, sous forme de fantôme sur le buffet, dans la rue. C’est plutôt courageux de tout assumer, de faire plusieurs films en un…


JmV : On vous reproche un quelconque caractère régionaliste quand on vous parle du film ?


Marie Hélia: Pas vraiment. Mais c’est latent… On m’a par exemple félicitée pour n’être pas tombée dans « le piège du régionalisme ». Je ne sais pas trop bien ce que ça veut dire. Un peu comme si on reprochait à Robert Guédiguian de faire des films marseillais… Ce que je sais en revanche, c’est que les régions portent en elles d’aussi bons techniciens qu’à Paris. La preuve, il vont travailler là-bas (rires) ! Je crois en la décentralisation du cinéma, des moyens surtout, car les compétences sont déjà là ! Les producteurs, en revanche, sont à Paris.


JmV : Votre film est-il, en ce sens, militant ?


Marie Hélia : Incontestablement ! J’assume tout, le bon comme le moins bon. J’ai eu entièrement les rênes en main. Microclimat est peut-être la démonstration qu’on peut faire du cinéma « autrement », sans rentrer dans le système de la reconnaissance permanente et à tout prix. La saveur particulière, c’est de n’avoir pas triché par rapport à ce que je voulais faire. A l’heure du « formatage » imposé un peu partout, sur fond d’une campagne présidentielle qui n’a pas encore prononcé le mot « culture », ce n’est déjà pas si mal…