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Quel est ton premier souvenir de cinéma ?
Ma mère m’a emmenée voir Flashdance en salle quand j’avais 8 ans. Même avec le recul, c’est un film assez marquant pour moi, parce que je suis née et j’ai grandi dans le Nebraska, un état qui n’est pas franchement réputé pour ses atouts culturels… Bruce Springsteen, dans son album célèbre, a eu tendance à enjoliver la réalité : le Nebraska est plutôt le paradis des chasseurs et des pêcheurs ! Mais j’ai eu la chance de naître dans un famille ouverte aux arts : mon père est très doué pour la peinture et la photographie et, de l’autre côté, ma grand-mère et ma mère sont pianistes. Du coup, j’ai commencé le violon très tôt, vers 6 ans, puis le théâtre, grâce à une comédie musicale montée par ma mère dans le cadre d’un « Community Theater », un association locale. Ces deux passions m’ont accompagnée tout au long de mon cursus : j’ai étudié le théâtre et la musique à Loyola University, New Orleans, entre 1995 et 1997, puis à Loyola Marymount University, Los Angeles, de 1997 à 1999.
Quel a été le lien entre tes études universitaires et ton orientation vers l’audiovisuel ?
Ce lien s’est construit progressivement. Par la comédie, tout d’abord. Beaucoup d’acteurs viennent du middle-west, notamment Donna Reed (Tant qu’il y aura des hommes), qui a donné son nom à une fondation qui œuvre pour développer les « performing arts ». Du coup, j’ai pu bénéficier d’une bourse d’études. Ensuite j’ai découvert la photographie à la Nouvelle Orléans, dans un cours de journalisme et de communication. Car aux Etats-Unis, on te fait vite comprendre qu’il sera toujours plus difficile pour une femme de faire carrière dans la comédie. On te propose alors de travailler dans la production... Souvent, comme premier boulot, tu lis des scénarios et tu fais des synopsis. C’est la voie traditionnelle quand tu sors d’une école de cinéma. Et enfin, tout en continuant la photographie à Los Angeles, j’ai pu mener des projets en commun avec les étudiants de cinéma et de musique. C’est précisément ce qui est génial dans les écoles américaines : tu as tout, et tout le monde, à disposition, dans un périmètre restreint.
Et le français dans tout ça ?
Pour tout dire, ma mère est professeur de Français et une partie de ma famille, mes cousines, vit au Canada francophone. Après mes études, en 1999, j’ai effectué un stage d’un an et demi chez CBS et, grâce à mon français, j’ai réussi à travailler avec des décorateurs et tapissiers français qui, ironie du sort, menaient des projets avec David Lynch, Brad Pitt, Nicole Kidman et Tom Cruise. J’en ai rencontré personnellement quelques-uns, et l’assistant de l’assistant de l’architecte des autres (rires) ! Ensuite, à 26 ans, j’ai opté pour l’Europe et un poste d’assistante d’anglais à Châtellerault, en Poitou-Charentes. Depuis, plus je reste en France, plus j’ai envie d’y rester ! C’est le plaisir de parler une autre langue, la fascination pour une autre culture, le souvenir des couples mixtes, que fréquentaient mes parents quand j’étais petite.
Le milieu de l’audiovisuel est-il si différent en France ?
Le marché me parait assez similaire avec celui des Etats-Unis, si ce n’est qu’en France, le système des subventions est beaucoup plus « confortable », même si tout le monde n’en bénéficie pas. Aux Etats-Unis, tout est « privé », ce qui relève plus du mécénat. Je ressens un véritable lien en tout cas entre Français et Américains : nous nous entendons assez bien en cinéma, beaucoup plus qu’en politique (rires) ! C’est du moins ce que prétendent les sbires de George Bush…
Moi, je ne recherche pas la célébrité, mais j’ai très envie de gagner ma vie dans l’audiovisuel. Via la photographie adaptée au cinéma, pourquoi pas ? Cet été je repars travailler quelques mois aux Etats-Unis (les stages y sont plus facilement rémunérés qu’en France), mais je reviens au mois de septembre pour essayer de m’installer à Paris. Je suis toujours à la recherche de nouveautés...
Le Paris de Jean-Pierre Jeunet ?
Oh ! J’ai pris une vraie claque quand j’ai vu Amélie Poulain. Etonnamment, beaucoup de Français n’aiment pas ce film, alors que j’ai adoré le travail d’écriture de Jean-Pierre Jeunet, son esthétique et son propos tout en simplicité. Je le répète souvent à mes amis américains : « je suis an American NOT in Paris. Il y a d’autres villes super en France ! » Bien entendu, je sais que Montmartre n’est pas Paris et que Paris n’est pas la France. Exactement comme chez nous : New York n’est pas Hollywood et encore moins les « flyover states ». C’est le surnom que les hommes d’affaires donnent au reste des Etats-Unis, qu’on se contente de survoler en avion pour aller de l’un à l’autre…
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