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Jean-Marc Vigouroux : Le cinéma a-t-il toujours été une évidence ?
Romain Brisse : Oui, je crois. L’audiovisuel, en tout cas, car mes souvenirs de cinéma les plus lointains remontent paradoxalement aux films de Chaplin que je regardais à la télé… C’est ma grand-mère, à Paris, qui s’est chargée de mon éducation à l’image : un film en salle tous les mercredis ! Du coup, l’un de mes souvenirs les plus tenaces est de l’avoir emmenée voir 2001, l’Odyssée de l’espace. Un grand moment…
JmV : Comment es-tu venu à ces postes dans la déco, souvent peu médiatisés au regard d’autres métiers de l’image ?
RB : Petit, j’étais passionné de dessin et de cinéma. J’ai donc intégré dès la seconde l’école d’arts appliqués Olivier de Serres, à Paris. Après six ans d’études et mon BTS en poche, je me suis spécialisé en architecture d’intérieur, avec pour seul objectif celui d’intégrer les métiers de l’audiovisuel, et ce malgré un premier passage obligé en agence. En 1990, j’ai commencé chez TF1 (alors encore à Cognacq-Jay) dans des intrigues policières de 26 minutes diffusées la nuit. Une expérience très formatrice ! C’était un décor à monter par jour, à la chaîne, ce qui oblige à piocher dans un stock de matériel à retraiter et à bidouiller. Sans compter que j’ai rencontré des piliers historiques de la télévision, de vraies légendes… Et puis il y a eu le déménagement à Boulogne, les plateaux télé, mes premiers JT.
JmV : Comment s’est fait le lien entre l’apprentissage d’un métier, dans ce type de structures, et les envies personnelles ?
RB : Dans les faits, j’ai toujours tenu à garder une activité d’architecte d’intérieur, d’illustrateur ou de photographe, en parallèle de mon travail « officiel ». Parce qu’il faut se nourrir en permanence, poursuivre le travail d’« ambiances » au-delà des plateaux télé. Et puis d’un côté, j’ai pu travailler la scénographie pendant deux mois, à plein temps, sur Henry V pour le théâtre. De l’autre, parce qu’il faut bien bosser, j’ai participé à la « grande époque » d’AB Production, entre 1993 et 1995, sur le plateau d’Hélène et les garçons ou sur les clips de Dorothée. Le seul conseil à donner est alors de s’investir à fond sur tous types de projets, afin d’en retirer du positif. On ne doit jamais refuser un boulot. C’est évident, mais apprendre son métier n’est finalement pas tant une question de structure qu’on intègre qu’une question d’hommes.
JmV : Du coup, pas de Dorothée, pas de Guignols ?
RB : En quelque sorte… Entre-temps, j’ai travaillé deux ans comme scénographe au parc Eurodisney, sur le design de l’événementiel (les parades, les chars, les spectacles en plein air autant qu’en salle). C’était d’énormes budgets, c’est vrai, mais surtout des conditions de travail captivantes, qui laissaient le temps de réaliser des croquis immenses et très approfondis. En 1998, je suis entré chez Générale Décors (fournisseur de décors pour la télé) comme assistant du chef déco de Canal+, membre du « Canal historique ». Progressivement, au coup par coup, j’ai intégré l’équipe déco qui travaillait sur les Guignols de l’Info. Et entre 1999 et 2002, je n’ai fait que ça. A fond. Jusqu’à ce qu’on me confie la direction de la déco des fictions, c'est-à-dire les sketchs tournés hors plateau du direct.
JmV : Comment as-tu choisi de quitter Les Guignols pour Nantes ?
RB : Le secret est de ne jamais les quitter, précisément. Paris est une ville que j’adore, mais difficile à vivre. Du coup, à quarante ans, j’ai eu ma « crise créative » (rires). J’ai eu envie de changer de voie, de me remettre en cause. J’ai alors suivi l’impulsion provoquée par ma femme, qui a eu sa mutation d’enseignante à Nantes. J’ai alors proposé à mes collègues de travailler différemment, en alternance avec un remplaçant que j’ai formé. Je les ai persuadés qu’il est possible d’habiter loin et de gérer les choses à distance (les plannings tournants des équipes, les relations avec la production) avec un ordinateur et un téléphone. Du coup, on fonctionne aujourd’hui à deux : on m’envoie les scénarios le vendredi et je suis à Paris du lundi au jeudi, pour préparer les tournages de la semaine suivante, ou tourner avec les indications que mon double a préparées la semaine précédente.
JmV : C’est assez inédit comme fonctionnement…
RB : C’est possible parce que la hiérarchie de la structure est mince et que chacun est autonome, y compris les cadres administratifs. Ceci dit, malgré le parcours que tu as derrière toi, personne ne t’attend en local. Il faut te refaire un réseau, ce qui prend beaucoup de temps… Pour le moment, je travaille ponctuellement avec des architectes, mais surtout je développe mes projets personnels et travaille volontiers sur des courts métrages, qui ont souvent peu de moyens.
JmV : Et les cours à CinéCréatis ?
RB : C’est à nouveau l’occasion de faire un point sur son parcours, de se remettre en question et surtout de se mettre en scène. Les étudiants découvrent tout et ont un feedback passionnant. C’est pour moi important de partager cette passion du décor et très gratifiant quand j’y arrive !
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