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Théo Richeux, l’image comme terrain d’expérimentation
Des premiers montages maison à l’audiovisuel
Chez Théo Richeux, l’envie de fabriquer des images est arrivée tôt. Avant même de parler d’école, de spécialisation ou de métier, il y a eu les premiers essais, les outils de montage découverts presque instinctivement, la caméra des parents que l’on emprunte pour tourner de petits courts métrages maison. « Depuis que je suis gamin, j’ai toujours touché à des outils de montage », raconte-t-il. À force d’essayer, de filmer, de manipuler l’image, l’audiovisuel s’est imposé comme une direction naturelle. « C’est devenu une sorte d’évidence », résume-t-il.
Son parcours commence pourtant par un bac Sciences de l’ingénieur, avant de s’orienter progressivement vers la postproduction. Attiré par le dessin animé et l’animation 3D, il rejoint d’abord l’ESMA. Mais au fil de cette première expérience, une autre envie se précise : celle du terrain, du plateau, du travail collectif dans sa dimension la plus concrète. « Je me suis rendu compte que j’avais besoin d’un peu plus de terrain, d’être sur les plateaux », explique-t-il.
Dans les couloirs, il observe les étudiants de Cinécréatis, toujours engagés dans des projets, en train de préparer, tourner, expérimenter. Les discussions s’enchaînent, l’intérêt grandit, jusqu’à devenir un choix assumé : rejoindre Cinécréatis pour se rapprocher davantage de la fabrication du cinéma en prise de vue réelle.
Cinécréatis, ou l’apprentissage du collectif
Ce que Théo retient de cette formation, ce n’est pas seulement l’apprentissage technique. C’est d’abord la compréhension d’un écosystème. À Cinécréatis, il découvre les métiers du cinéma dans leur complémentarité, mais aussi la nécessité de construire ensemble. « De A à Z, on a compris et appris tous les métiers du cinéma », dit-il.
Cette vision globale lui paraît aujourd’hui essentielle, parce qu’elle correspond à la réalité du secteur : un film, une séquence, un plan ou un effet visuel ne se fabrique jamais isolément. Chaque étape dépend des autres. Chaque métier doit comprendre le langage de celui qui précède et de celui qui suit.
Cette dimension collective reste, pour lui, l’un des acquis les plus importants de la formation. « On a appris à vivre ensemble, à travailler ensemble pour arriver jusqu’à un projet commun. » Dans son métier actuel, cette capacité à dialoguer avec les autres professionnels est devenue indispensable. Le vocabulaire appris, les habitudes de collaboration, la compréhension des contraintes de chacun : tout cela structure encore son quotidien. « Aujourd’hui, c’est quelque chose qui m’est indispensable tous les jours », souligne-t-il.
Le dossier professionnel, une expérience fondatrice
Parmi les souvenirs forts de son passage à Cinécréatis, un exercice se détache nettement : le dossier professionnel. Pendant neuf mois, Théo est réalisateur sur l’un de ces projets de fin de formation. L’expérience est exigeante. Les moyens sont limités, les contraintes nombreuses, mais l’engagement de l’équipe est total. « On s’est donné vraiment à 100 % », se souvient-il.
Il parle d’un projet pour lequel il a fallu se battre, travailler beaucoup, trouver des solutions, maintenir l’énergie collective. Avec le recul, ce ne sont pas les difficultés qui dominent, mais la fierté d’avoir tenu ensemble. « On était tellement soudés dans cette équipe qu’on s’est beaucoup battus pour ce film. » Aujourd’hui encore, cette période reste associée à une forme d’intensité heureuse : « On le revoit encore avec des étoiles dans les yeux. »
Les effets visuels comme terrain d’apprentissage permanent
C’est aussi pendant sa formation que son intérêt pour les effets spéciaux se confirme. Les ateliers fond vert, les projets d’école, puis le dossier professionnel l’amènent progressivement vers cet univers. « Au fur et à mesure, j’ai découvert une réelle envie et une réelle passion par rapport aux effets spéciaux », explique-t-il.
Ce choix n’a rien d’anodin : les effets visuels sont un domaine où les outils évoluent vite, où les méthodes se transforment, où l’apprentissage ne s’arrête jamais. Cette instabilité, loin de l’inquiéter, l’attire. « Travailler dans un milieu qui est vraiment en grand chamboulement et en constante évolution, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. »
Aujourd’hui, Théo Richeux est digital compositor et IA artist chez Les Tontons Truqueurs. Son travail consiste notamment à explorer les nouveaux outils d’intelligence artificielle, à comprendre ce qu’ils peuvent réellement apporter, et à réfléchir à leur intégration dans les workflows existants. L’enjeu, selon lui, n’est pas de plaquer une technologie sur des pratiques établies, mais d’identifier les usages pertinents.
« On essaie de développer les nouveaux outils d’intelligence artificielle qui sont en train de sortir petit à petit, et d’essayer de les intégrer aux workflows déjà existants », explique-t-il. L’objectif : fluidifier certaines étapes, proposer de nouvelles pistes, et parfois « aller un peu plus loin que ce qu’on était capable de proposer jusque-là ».
Une vision prudente, mais curieuse, de l’intelligence artificielle
Cette position l’amène à regarder l’intelligence artificielle avec prudence, mais sans rejet de principe. Théo ne minimise pas les débats qui traversent aujourd’hui le secteur. Il évoque « les grosses questions éthiques », le risque de vol du travail artistique, les enjeux écologiques. Pour lui, ces interrogations sont légitimes et doivent rester présentes. Il ne s’agit pas de faire comme si l’outil était neutre, ni comme si son développement n’avait aucune conséquence.
Mais il refuse aussi de réduire l’IA à ses dérives. Ce qui l’intéresse, c’est ce que certains artistes commencent à en faire : des formes narratives nouvelles, des images inattendues, des esthétiques qui n’auraient peut-être pas émergé de la même manière autrement.
Il cite par exemple le travail d’un artiste découvert récemment sur Instagram, Leo Canonne, autour d’un court métrage généré ou construit avec des outils d’intelligence artificielle. Ce qui l’a marqué n’est pas seulement la prouesse technique, mais l’atmosphère du film : une sorte de souvenir de vacances filmé au caméscope, dans une esthétique VHS des années 90, où le réel bascule discrètement vers le fantastique.
« C’est comme si c’était un voyage de vacances en caméscope dans les années 90 », décrit-il. On y verrait une grand-mère, un jardin, une rivière, mais aussi des créatures magiques, une sirène filmée dans une eau trouble, avec un rendu volontairement imparfait, presque documentaire. « Il y a un côté très vrai, très documentaire », observe-t-il.
Pour Théo, c’est précisément là que l’outil devient intéressant : lorsqu’il permet de produire non pas une image spectaculaire pour elle-même, mais une nouvelle manière de raconter.
Derrière les outils, le contact humain
Cette curiosité pour les technologies ne lui fait pas oublier ce qu’il considère comme le cœur du métier. Être un bon professionnel dans l’audiovisuel, selon lui, ne se résume pas à maîtriser des logiciels ou à suivre les dernières innovations. Il faut bien sûr « toujours aller voir un peu plus loin », chercher, tester, creuser. Mais il faut surtout aimer travailler avec les autres.
« Nos métiers, c’est surtout ça : du contact humain », insiste-t-il. Dans un secteur où les projets sont collectifs par nature, la compétence technique ne suffit pas. Il faut savoir communiquer, comprendre les autres métiers, partager un vocabulaire commun, s’intégrer dans une équipe. Théo parle même d’un « grand besoin d’humanisme » dans la manière d’exercer ces professions.
Aller plus loin que l’école
C’est aussi le conseil qu’il donnerait à un étudiant qui souhaite se lancer aujourd’hui dans le cinéma : cultiver sa curiosité, mais ne pas attendre que tout vienne de l’école. Une formation donne un cadre, des bases, des rencontres, des contraintes utiles. Mais elle ne remplace pas le travail personnel.
« Il y a besoin d’aller voir un peu plus loin que ce que propose l’école », affirme-t-il. Aller vers les nouveaux outils, rencontrer d’autres personnes, expérimenter, montrer son envie : tout cela fait partie du parcours. « Le travail ne s’arrête pas forcément à l’école. »
Pour Théo Richeux, se former au cinéma, c’est donc apprendre un métier, mais aussi apprendre une manière d’être au travail : curieuse, collective, attentive aux autres. Dans un secteur traversé par des mutations rapides, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les processus créatifs, cette posture lui semble d’autant plus importante.
Les outils changent, les workflows évoluent, les formes narratives se déplacent. Mais une constante demeure : l’envie de fabriquer des images avec les autres, et de continuer à apprendre. « Quand on voit qu’on adore ce qu’on fait et qu’on a envie d’aller plus loin », dit-il, c’est probablement que l’on est déjà sur la bonne voie.