Evadere
- thème Dossier Pro
- année Promotion 2022
- durée 04:50
Pitch du film
Submergée par les nuisances sonores qui l’assaillent, Ela se retire dans un grenier pour trouver un peu de silence. Sur le parquet grinçant, son regard tombe sur un tableau représentant une tempête de neige. Emportée dans un univers sombre, elle laisse son corps parler, et danse pour libérer son mal-être...
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Evadere Evadere est un film dansé qui montre comment le corps et la danse permettent d’exprimer une souffrance intérieure quand les mots ne suffisent plus. À travers le son, l’image et le mouvement, le film fait ressentir l’enfermement d’Ela et la danse devient un moment d’évasion nécessaire pour continuer à avancer.
Une intention de réalisation portée par le corps et l’émotion
La note d’intention de réalisation affirme d’emblée une volonté viscérale : faire sortir ce qui ne peut être dit. Lorsque les mots manquent, le corps prend le relais. La danse est ici envisagée comme un exutoire, une matière vivante capable de transformer une douleur invisible en mouvement tangible.
Réalisé sous la forme d’un clip scénarisé, Evadere suit le parcours émotionnel d’Ela à travers plusieurs espaces symboliques. Le film affirme que la danse possède un pouvoir d’évacuation et d’extériorisation, une capacité à soulager temporairement les maux du corps et de l’esprit. L’évasion proposée n’est pas une guérison, mais un instant suspendu, une respiration nécessaire pour continuer à avancer.
Le son occupe une place centrale dans la narration. Dès la première séquence, l’univers sonore devient brutal, saturé de sons stridents, d’acouphènes et de bruits dérangeants, traduisant la manière singulière dont Ela perçoit le monde. La synesthésie, l’association des sons à des formes et des couleurs, permet de matérialiser visuellement cette souffrance auditive, plongeant le spectateur dans une expérience sensorielle immersive.
Le cadre : filmer un corps en souffrance
Le travail de cadre accompagne étroitement l’état émotionnel de la protagoniste. Le choix du ratio 2.35:1 permet d’accentuer la sensation d’enfermement dans le grenier, en surchargeant l’espace horizontalement tout en restreignant la verticalité du cadre. Ela semble ainsi prisonnière de son environnement, incapable de s’échapper.
La caméra portée, utilisée sur l’ensemble du film, confère une dimension organique à l’image. Elle épouse les mouvements de la danseuse, chute avec elle, tourne autour de son corps, comme si la caméra elle-même dansait. Cette proximité crée une immersion physique et émotionnelle, renforcée par l’alternance entre plans très serrés, filmés en longue focale pour capter la douleur du corps, et plans larges en courte focale, qui soulignent la solitude et la vulnérabilité du personnage.
La lumière : entre refuge et ambiguïté
La lumière accompagne la double temporalité du film et l’évolution intérieure d’Ela. Le grenier, traditionnellement perçu comme sombre et oppressant, est ici détourné en un refuge lumineux. Des teintes orangées chaleureuses dominent, évoquant un sentiment de sécurité et de réconfort. Les faisceaux filtrés à travers les fissures et persiennes créent des jeux d’ombre mouvants, reflets de l’agitation intérieure du personnage.
Dans la seconde partie, la lumière devient plus contrastée et ambivalente. Le clair-obscur, les noirs profonds sur le corps d’Ela et les faisceaux lumineux traversant l’espace matérialisent une quête de liberté entravée par le doute. La présence de particules et de fumée rend la lumière presque palpable, renforçant la dimension sensorielle et émotionnelle de l’image.
Les décors : matérialiser l’état mental
Les décors de Evadere sont pensés comme des prolongements directs de l’état psychologique d’Ela.
Le grenier, surchargé d’objets, de meubles et de souvenirs, est un espace clos mais intime, abandonné par le reste de la famille. Vieilli par le temps, poussiéreux, il devient paradoxalement un cocon protecteur, un lieu où Ela peut se retrouver seule avec elle-même.
À l’opposé, la salle de château envahie par la végétation représente l’imaginaire du personnage. Le lierre, les racines et le bois flotté obstruent toutes les issues, créant une métaphore visuelle de l’enfermement intérieur. La nature, loin d’être libératrice, devient oppressante, reflet de la tempête émotionnelle que traverse Ela. Le lien avec le tableau de Turner, Tempête de neige en mer, renforce cette symbolique d’une lutte intérieure violente et solitaire.
Le son et les VFX : une immersion sensorielle
Le travail sonore est au cœur du dispositif narratif. Inspiré par la misophonie, il vise à placer le spectateur dans la perception subjective d’Ela. La première partie, construite autour de la synesthésie, associe sons agressifs et formes colorées générées en VFX. Cette abstraction visuelle et sonore agresse volontairement les sens, créant un inconfort partagé avec la protagoniste.
La musique Echo Sax End de Caleb Arredondo agit comme un souffle, une respiration. Remodelée au montage, elle accompagne l’évolution émotionnelle de la danse, tandis que les respirations et les sons du corps d’Ela deviennent une mélodie parallèle. Peu à peu, les sons réalistes disparaissent pour laisser place à une danse plus scénique, symbolisant la délivrance progressive du personnage.
Le montage : deux rythmes, deux états
Le montage articule clairement deux régimes narratifs. Dans le grenier, le rythme est lent, contemplatif, laissant place aux silences et à une continuité temporelle apaisée. À l’inverse, la séquence de danse adopte un montage plus brutal et accéléré, marqué par des ruptures franches.
Une césure nette, appuyée par le montage son, vient traduire le basculement psychologique d’Ela : la musique s’interrompt brutalement avant de redémarrer sur le drop, signalant un changement profond dans son état intérieur.
LISTE TECHNIQUE
PRODUCTION
Producteur associé : Ulysse Chaudron
Directrice de production : Mathilde Sala
MISE EN SCÈNE
Réalisatrice : Alicia Nevers
1ère assistante réalisatrice : Mathilde Sala
Scripte : Thibault Arles
IMAGE
Directeur de la photographie : Mathis Menconi
Cadreuse : Maëlys Laine
1ère assistante caméra : Nolwenn Nicod
ÉLECTRICITÉ / MACHINERIE
Chef électricien : Malo Taulelle
Électricien 1 : Alan Le Bihan
SON
Chef OPS : Esmée Chiron
Cheffe OPS : Cassandra Chevalier
RÉGIE
Régisseuse générale : Mathilde Sala
Régisseuse adjointe : Katiana Gobber
POST-PRODUCTION
Monteuse : Cassandra Chevalier
Superviseuse VFX : Cassandra Chevalier
Sound-designer : Cassandra Chevalier
Renfort sound-design : Mathis Menconi
Étalonneur : Mathis Menconi
DIT : Cassandra Chevalier
DÉCORATION / ACCESSOIRES
Cheffes décoratrices : Maëlys Laine, Alicia Nevers
Renfort décoration / Rippeur : Nicolas Guichard
Accessoiriste plateau : Thibault Arles
INTERPRÉTÉ PAR
Eve Renard Deconynck