Haut-le-Coeur

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Film de fin d’études 2018

Synopsis : Léonard, un écrivain sans éditeur et sans le sou, accepte une offre diablement alléchante : inventer des faits divers sordides pour booster les ventes d’un quotidien à scandale, contre belle prime et publication de son grand roman d’amour. La machine est fournie. Le sang et les larmes aussi

Bonjour Camille Maitre. Vous avez réalisé le court-métrage Haut-le-Cœur (2018) dans le cadre de votre cycle d’études à CinéCréatis.
Comment ce film a-t-il vu le jour ?

Lors de la 2e année d’études, nous avons soumis une idée de film aux équipes pédagogiques de l’école. L’écriture fantastique et magique se rapprochait de l’univers de Stephen King, et apportait une vraie originalité à l’histoire.

On sent un style très travaillé. Quelles sont les intentions artistiques du film ?

Haut-le-Cœur veut rendre hommage au film noir, avec à la fois cette nostalgie des films noirs des années 40-50 qui tendent vers le classique hollywoodien, et l’ambiance noire où se mélange le rôle destructeur de la femme fatale et le héros masculin aux multiples faiblesses. Le climat étrange et malsain, la dualité des personnages, mais aussi l’issue du personnage principal, en situation d’échec, s’inscrivent également dans cette logique.

Quel est le véritable thème central du film ?

Dans ce court-métrage, la cruauté et le mal intrinsèque à l’Homme se font la part belle. L’être humain a inventé le mal, et l’utilise pour stimuler ses émotions, mais aussi pour donner naissance à son contraire, le bien ! Dans Haut-le-Cœur, le personnage de Léonard rejette la romance, et trouve refuge dans le fait divers et le sordide. Le mal devient sa muse et une véritable source d’inspiration. Cette évolution évoque la déshumanisation de la société de Léonard, et de la société en général, pointe du doigt la désensibilisation du public et le rôle des médias. Le film pose la question de la responsabilité (des médias ? des téléspectateurs ?), et vise à amener le spectateur à s’interroger sur son propre rapport à l’actualité.

Pour traiter de ces thématiques, vous avez souhaité transposer cette réalité dans la France des années 50. Qu’est-ce que cela apportait à votre récit ?

Ce bond en arrière permet au film de retranscrire une certaine nostalgie, par l’évocation par exemple de repères de l’époque (la machine à écrire, la mode des année 40/50, le jazz…). Déplacer l’histoire à une époque antérieure à la nôtre permet de pointer du doigt l’intemporalité et l’universalité des thématiques traitées dans Haut-le-Cœur, tout en gardant une certaine distance. On évite ainsi de tomber dans quelque chose de trop édifiant et moralisateur.

Le personnage de Léonard est très complexe !

En effet ! Tout comme Joe Gills dans Boulevard du crépuscule (Billy Wilder), Léonard a de grosses difficultés financières : il n’arrive pas à vivre de son art, et cumule beaucoup de dettes. Il vit de manière isolée, ce qui fait naitre chez lui une anxiété prégnante, qui se traduit par des illusions sensorielles, et un trouble de la perception du temps. Dans cet univers fantastique, la limite entre illusion et réalité est plus que floue. Son anxiété s’exprime bien sûr aussi par le syndrome de la page blanche, auquel il est en proie. Les choix que cette anxiété va lui dicter vont l’amener à se confronter à sa propre conscience. Dans le film, la causalité joue un rôle central : les événements sont liés les uns aux autres, et mènent vers une fin prévisible. Haut-le-Cœur est déterministe, et ne laissera pas le spectateur sur sa fin !

D’un point de vue plus technique, comment le tournage s’est-il déroulé ?

Le tournage a duré une semaine, et les décors ont été un gros challenge. Nous avons dû monter et démonter 3 décors dans le studio de l’école ! L’un de ces décors, qui représente l’univers principal du film, à savoir l’appartement de Léonard, a requis un travail particulièrement important. Nous avons aussi tourné dans un bar nantais, ainsi que dans un superbe hall d’entrée typique des années 1900.
De manière générale, ce fut un tournage éprouvant, avec beaucoup de hauts et de bas ! Le manque d’investissements financiers ne nous a pas rendu la tâche facile, et nous a fait perdre beaucoup de temps. Mais avec le recul, cela a été d’autant plus formateur, et la relation entre les différents membres de l’équipe de tournage et du casting est venue contrebalancer ces difficultés. Nous avons su rester soudés, et affronter ensemble les épreuves.

Comment le film a-t-il été reçu par le jury de fin d’études ?

Pour tout vous dire, il a été moyennement accueilli. Mais le jury reste un grand moment pour chaque élève, et nous permet de rencontrer des professionnels du cinéma. C’est en quelque sorte notre premier pas dans le monde du travail.

Quel regard posez-vous sur vos années de formation à CinéCréatis ?

Mon parcours au sein de l’école a été très formateur. Dès la 1e année, j’ai senti un intérêt particulier pour la production, et c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai multiplié les expériences en tant qu’assistante-réalisatrice, régisseuse ou encore chargée de production.
De ces 3 années, je retiens l’idée qu’il est primordial d’être entouré par une équipe. Dans l’audiovisuel, seul, on n’arrive à rien ! Il faut échanger, écouter, partager, et se soutenir.

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