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Impasse de la Bergerie

impasse de la bergerie 2
  • thème Mini-court
  • formation 1ère année
  • année Promotion 2024
  • durée 3:57

Impasse de la bergerie

quand le conte fantastique devient arme de résistance

Avec Impasse de la Bergerie, l’équipe de première année de CinéCréatis Nantes signe un mini-court ambitieux qui mêle récit historique, conte cruel et fable politique. Porté par une volonté claire de dénoncer les mécanismes de domination, le film transforme un simple épisode de réquisition sous l’Occupation en une allégorie puissante du pouvoir, de la violence et de la résistance.

  • Pitch de film En pleine Seconde Guerre mondiale, deux soldats nazis viennent réquisitionner du lait dans une ferme isolée. Mais derrière l’apparente hospitalité d’une bergère solitaire se cache une sorcière qui punit les hommes violents en les transformant en bêtes. Quand l’un des soldats disparaît mystérieusement, l’autre repart convaincu qu’il a déserté… ignorant que son camarade est désormais une chèvre parmi tant d’autres.

Le nazisme mis à nu

Dès la note d’intention, les réalisateurs et réalisatrices assument la dimension morale et politique du projet. Inspiré des fables de La Fontaine, le film ne cherche pas à représenter les nazis comme des monstres grandioses, mais au contraire comme des figures grotesques et parasitaires. À travers la métaphore de la chèvre, Impasse de la Bergerie inverse les rapports de force : ceux qui viennent « sucer le lait des autres » finissent par en payer le prix.

Cette idée traverse toute la construction du récit. Heinrich, jeune sous-officier brutal et arrogant, incarne cette violence aveugle du régime, tandis que Werner, plus passif et opportuniste, représente l’adhésion silencieuse et lâche au système. Face à eux, la bergère Colette Lefèvre n’est pas une simple victime, mais une figure de résistance, à la fois humble et redoutable.

La sorcière comme figure de résistance populaire

L’un des partis pris les plus intéressants du film réside dans la caractérisation de la bergère. Loin des clichés de la sorcière maléfique, Colette est imaginée comme une femme ordinaire, marquée par le deuil et la guerre. Son pouvoir magique n’est pas gratuit : il est une réponse à la violence subie, une forme de justice implacable née du trauma.

L’équipe revendique une dimension presque légendaire du personnage : on imagine cette femme comme une figure que les villageois se transmettraient de génération en génération, une protectrice aux méthodes terribles mais efficaces. Sa capacité à transformer les nazis en chèvres devient alors une métaphore de la déshumanisation de ceux qui déshumanisent les autres.

Une esthétique entre réalisme et conte sombre

Sur le plan visuel, le film joue volontairement sur un contraste fort entre le réel et le fantastique. Les scènes extérieures, baignées de lumière naturelle, ancrent le récit dans une réalité historique crédible : celle d’une campagne française occupée.

À l’inverse, l’intérieur de la ferme bascule progressivement vers une atmosphère plus inquiétante, inspirée des contes sombres des frères Grimm et du cinéma d’épouvante contemporain (notamment Hansel & Gretel de Oz Perkins). L’éclairage orangé-verdâtre, les ombres marquées et le décor rustique aux murs de pierre contribuent à créer une sensation d’enfermement et de malaise.

Le son comme vecteur du hors-champ

L’équipe accorde également une importance particulière au travail sonore. Le film utilise le son comme un élément narratif à part entière : cris lointains, bruits mystiques, claquements de porte, respiration haletante d’Heinrich… Autant d’éléments qui suggèrent l’invisible et amplifient la tension.

Le choix de faire précéder et survivre le son à l’image permet d’évoquer la guerre en dehors du cadre sans jamais la montrer directement. De même, les pouvoirs de la bergère se manifestent d’abord par des sensations auditives, renforçant leur dimension mystérieuse et menaçante.

Un souci de reconstitution historique

Enfin, ce mini court métrage révèle un véritable soin apporté aux décors et accessoires. L’équipe s’est attachée à recréer un intérieur de ferme crédible des années 1940 : mobilier en bois, bidons de lait en métal, fenêtres obstruées, photos anciennes… Rien n’est laissé au hasard, afin de maintenir une cohérence historique qui rende le basculement vers le fantastique d’autant plus frappant.

Avec Impasse de la Bergerie, les étudiants proposent ainsi une œuvre à la fois ludique, politique et esthétique, qui questionne la violence du pouvoir tout en s’inscrivant dans une tradition narrative ancienne : celle du conte, où la morale finit toujours par rattraper les coupables.

Film réalisé en première année d'étude à Cinécréatis.

  • Equipe technique Réalisatrice : Alice Huet - Assistant réalisatrice : Enzo Marangolo - Scripte : Alexandre Guerin-Baizeau - Cadreur : Nathan Penisson - 1er Assistant Caméra : Jules Claymann - Responsable lumière : Anouck Reyes - 1er assistant lumière : Arthur Drillaud - Responsable son : Ange-Emmanuelle Amafou - Perchwoman : Ninon Riou Mixeuse : Ange-Emmanuelle Amafou - Monteuse : Ninon Riou - Compositeur : Tom the coomposer & Mattéo Burban - Régisseur : Gabriel Costadau - Assistante Régisseur : Louve Hougron-Hallier - Cheffe Décoratrice : Anouck Reyes - Responsble HMC : Léonie Guinoiseau - Responsable communication : Gabriel Costadau Responsable Making-off : Max Lelievre
  • Liste artistique Ginette neveu : La bergère - Werner : Frédéric Rezeau - Heinrich : Arthur Potereau-Arnaud