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Muse

muse musee fabre x cinecreatis
  • thème Fiction
  • formation 2ème année
  • année Promotion 2023
  • durée 6:30

Quand le regard devient matière cinématographique

L’année dernière à l’occasion des 200 ans du musée Fabre, les étudiants, répartis en deux équipes, ont eu carte blanche pour réaliser une fiction autour des œuvres du musée.

Le court-métrage réalisé par Gabin De Coster, Muse se déploie comme une expérience sensorielle et contemplative au cœur du Musée Fabre. Le film explore un moment fragile : celui où le regard vacille, où l’inspiration se fait sentir sans jamais se laisser saisir.

À travers l’errance de Suzie, jeune photographe en quête de sens, Muse propose une traversée intérieure. Le musée n’y est pas un simple décor : il devient un espace vivant, un partenaire silencieux où les œuvres regardent autant qu’elles sont regardées.

Une intention de mise en scène fondée sur la retenue

La note d’intention du réalisateur affirme une volonté claire : laisser advenir les choses sans les forcer. Inspiré par Robert Bresson, le projet refuse toute démonstration psychologique ou tout jeu appuyé. Les corps sont présents, mais jamais expressifs au sens traditionnel.

La Muse, figure énigmatique, n’est pas là pour guider ou expliquer. Elle traverse le cadre comme une idée fugace : calme, distante, presque irréelle. Sa simple présence agit comme un révélateur du trouble intérieur de Suzie. Le film s’organise alors autour de micro-événements : un regard, un arrêt, un mouvement infime qui prennent une importance capitale dans un dispositif volontairement épuré.

Cette approche fait de Muse un film sur le regard : regard porté sur les œuvres, regard ressenti comme une pression, regard impossible à fixer. Le spectateur est invité à adopter la même posture que l’héroïne : observer, ressentir, sans chercher immédiatement à comprendre.

Le cadre comme espace de tension

Le travail du cadre repose sur une dialectique constante entre maîtrise et perte de repères. La majorité des plans sont fixes, frontaux, sur trépied. Cette stabilité crée une sensation d’ordre et de contrôle, à l’image du musée lui-même. Mais cette rigueur est ponctuellement fissurée par deux mouvements de caméra, un travelling arrière en caméra portée et un plan glissant, qui viennent troubler l’équilibre général.

La profondeur de champ, la gestion du hors-champ et les compositions parfois rigides enferment Suzie dans des cadres qui la dépassent. À mesure que son obsession pour la Muse grandit, le cadre devient plus instable, laissant place au flou et à l’espace vide comme éléments narratifs à part entière.

Une lumière entre naturalisme et onirisme

La lumière de Muse s’appuie presque exclusivement sur celle déjà présente dans le musée. Douce, diffuse, peu contrastée, elle conserve l’authenticité des lieux tout en construisant une atmosphère légèrement irréelle. Les visages sont parfois très légèrement sous-exposés, renforçant le mystère et la distance entre les personnages.

Le choix d’une balance des blancs volontairement plus froide que celle du musée (environ 3000 K) permet d’obtenir une image subtilement bleutée, ensuite accentuée à l’étalonnage. Les teintes sont désaturées, les peaux tirent vers le rose, évoquant une esthétique proche de Lost in Translation.

L’utilisation d’un filtre Black Frost 1/2 adoucit les contrastes et les textures, contribuant à brouiller la frontière entre rêve et réalité. La lumière devient alors un outil narratif : elle ne souligne pas, elle suggère.

Le son : un silence habité

Le son occupe une place centrale dans la dramaturgie. Le musée est traité comme un organisme vivant : pas feutrés, bruissements de vêtements, échos lointains, respirations. Chaque salle possède sa propre identité sonore.

Les apparitions de la Muse sont accompagnées de légères anomalies auditives : souffles, silences appuyés, distorsions presque imperceptibles. Le déclenchement de l’appareil photo devient une signature sonore, un instant suspendu où le temps semble se figer.

Dans la scène finale, le retour quasi total au silence laisse place aux seules respirations, marquant la bascule entre trouble et apaisement. Le son ne commente jamais l’image : il l’accompagne, la prolonge, l’inquiète.

Le montage et la durée comme matière sensible

Le montage privilégie la lenteur et la contemplation. Les plans s’étirent juste assez pour permettre au regard de s’installer, aux détails d’émerger. Les raccords sont pensés comme des glissements plutôt que comme des ruptures, renforçant l’impression de déambulation intérieure.

Quelques moments plus intenses viennent ponctuer cette structure stable, sans jamais la briser. Ces micro-accidents perceptifs agissent comme des secousses discrètes, accentuant la dimension sensorielle du film.

Les tableaux : présences actives du récit

Les œuvres mises en avant, de Gontcharova à Monfreid, jusqu’à Soulages, ne sont pas choisies au hasard. Chacune porte une charge symbolique, plastique ou chromatique qui entre en résonance avec l’état intérieur de Suzie.

Le tableau de Soulages, en particulier, devient un point de bascule : surface noire, silencieuse, presque absorbante, face à laquelle la Muse apparaît puis disparaît. L’œuvre reste, immobile, là où l’inspiration s’évanouit.

L’équipe technique :

Réalisateur : Gabin De Coster  –  1er Ass. Réalisateur : Tom-Lou Esnard – 2eme Ass. réalisateur : Mélhyne Flambeau  – Opérateur prise de vue : Pierre Llorca Dauba – 1er ass. Prise de vue : Anatole Coste – 2eme ass. Prise de vue : Zoé Neyens – Directrice de la photographie : Camille Bohren – Cheffe décoratrice : Mélina Gommé – Directeur de production : Hugo Tardieu – Ass. de production : Alizée Hornung –  Directeur de post production et étalonneur : Axel Dejean – Chef Electricien : Malo Taulelle – Electriciens :  Simon Boutin, Emma Fabregoule, Paloma Mondoloni – Cheffe machiniste : Léna Rigoulet – Machinistes : Ronan Saves et Morgan Saurat – Ingénieure son et cheffe monteuse : Auranne Jolidon – Directrice Artistique : Elsa Rimlinger – Scripte : Ilona Baunard – Directeur de casting : Ronan Saves – Scénariste : Emilie Wyss -Régisseuse générale : Océane Gasson – Assistants régie : Solune Asselin, Nicolas Carcassonne, Liam Gerth, Sofia Griffiths Alfaro, Lucie Martinez, Erine Vitoria – Cheffe Décoratrice : Melina Gomme – 1er ass. décorateur : Grégoire Gilly – Cheffe Costumière & Accessoriste : Mila Thoyer – Cheffe maquilleuse : Lauryn Piolet – Ensemblière : Emilie Wyss – Directeur de Postproduction : Axel Dejean – Cheffe Opératrice et prise de son : Auranne Jolidon – Assistant Opérateur prise de son : Axel Dejean et Simon Boutin – Mixeuse son : Auranne Jolidon – Sound Designer : Ilona Baunard – Etalonneur : Axel Dejean – DIT : Clarence Lecou – Photographe plateau : Lucie Martinez et Valentine Ruchot.