Un serment
INFOS
- thème Fiction
- formation 1ère année
- durée 5:29
SYNOPSIS
Mathilde, une jeune avocate, se prépare à plaider pour un homme accusé d’homicide. Alors qu’elle lutte pour faire ressortir l’humanité de son client, l’apparition de la victime dans la salle d’audience la déstabilise, la confrontant à sa propre culpabilité et au points de son devoir…
Un Serment : filmer la faille
Un serment, c’est environ 4 minutes de drame fantastique. Ce film se révèle être bien plus qu’un simple exercice de court métrage. Porté par une ambition esthétique forte et une réflexion intime sur la justice, le film réalisé par Valentin Szezepaniak s’est construit comme une véritable exploration des tensions entre rôle social et vérité intérieure.
À l’origine du projet, une interrogation simple mais vertigineuse : comment défendre l’indéfendable ?
Cette réflexion, nourrie par une phrase entendue dans le milieu judiciaire « un avocat ne défend pas un acte, mais une personne » devient le point de départ du film.
Le personnage de Mathilde, jeune avocate, incarne ce basculement. Elle ne parvient plus à adhérer à cette idée et voit son rôle se fissurer au moment même où elle doit le porter avec le plus de force. Cette crise intérieure devient la colonne vertébrale du film, tant sur le plan narratif que visuel.
La mise en scène du film
L’un des choix les plus marquants du film réside dans son dispositif visuel. Dès les premières secondes, le format 4/3 enferme littéralement le personnage dans le cadre.
La caméra, souvent en mouvements lents, accompagne cette sensation d’étouffement, renforcée par des plans longs et une rythmique volontairement pesante.
Le décor participe lui aussi à cette oppression : un tribunal épuré, aux murs blancs, sans échappatoire possible. Tout est pensé pour traduire l’impasse mentale de Mathilde.
Mais au cœur de la plaidoirie, tout bascule.
Le format passe au 16/9, l’espace s’ouvre, la caméra devient fixe. Ce changement n’est pas seulement esthétique : il matérialise la rupture intérieure du personnage, son passage d’un rôle contraint à une forme de libération.
Quand le réel glisse vers le symbolique
L’apparition de la victime dans la salle d’audience est sans doute l’élément le plus troublant du film. Pourtant, la note d’intention est claire : il ne s’agit pas d’un fantôme.
Cette présence est une projection mentale, une incarnation du doute et de la culpabilité. Elle agit comme un miroir intérieur, poussant Mathilde à se confronter à ses propres contradictions.
La mise en scène accompagne ce glissement : le tribunal réaliste se transforme progressivement en un espace abstrait, vide, presque théâtral. La lumière elle-même évolue, évoquant un plateau de scène, comme pour rappeler que chacun joue un rôle : juge, avocat, accusé.
Le travail du son : du chaos au silence
Le traitement sonore joue un rôle central dans cette déconstruction. Au début, l’environnement sonore est dense, presque oppressant, écrasant la voix de Mathilde.
Puis, à mesure que le personnage vacille, le son se retire. Un silence pesant s’installe, paradoxalement libérateur. Ce vide sonore permet à la parole de changer de nature : elle n’est plus maîtrisée, elle devient un aveu.
La voix de Mathilde cesse d’être un outil professionnel pour devenir un cri intime.
Une production ambitieuse malgré un format court
Tourné sur deux jours, entre le Domaine de Pierresvives, le Domaine de Méric et le Studio Clapas à Montpellier, le film repose sur une organisation rigoureuse.
Le dispositif technique est particulièrement soigné pour un projet étudiant :
- Caméra Lumix GH5 avec optiques cinéma Samyang
- Dispositif lumière complet (Skypanel, tubes Astera, softbox)
- Travail précis de la machinerie et des mouvements caméra
Le recours à une quinzaine de figurants pour le tribunal renforce l’ancrage réaliste, contrastant avec la dimension mentale du récit.
Direction artistique : sobriété et symbolique
Chaque élément visuel est porteur de sens.
Le rouge, notamment, devient un motif fort : celui du tissu flottant dans la scène d’ouverture au lac, mais aussi celui de la victime.
Ce choix chromatique crée un lien entre le crime, la mémoire et la culpabilité.
Le maquillage participe également à cette logique : un visage terne pour la victime, presque désincarné, face à une Mathilde progressivement dépossédée de son masque social.
Ce film pose une réflexion : peut-on se dissocier de son rôle ?
Au-delà de son dispositif esthétique, Un Serment est avant tout un film sur la parole.
Une parole censée défendre, convaincre, structurer, mais qui finit par se briser.
Le paradoxe final est brutal : Mathilde remplit son devoir, son client est acquitté. C’est une victoire professionnelle.
Mais intérieurement, tout s’est effondré.
Le film laisse alors une question ouverte, essentielle : peut-on vraiment séparer le rôle que l’on joue de ce que l’on est ?
Une expérience de cinéma déjà affirmée
Avec Un Serment, l’équipe propose un projet cohérent, où chaque choix technique, narratif et esthétique répond à une intention forte.
Ce travail collectif, porté par une équipe complète (image, son, déco, régie, post-production), témoigne d’une vraie compréhension des enjeux de mise en scène et d’un désir de cinéma déjà mature.
Un court métrage qui, derrière son format réduit, explore avec précision et sensibilité les failles humaines, et celles du système qui prétend les juger.
Crédits
Équipe artistique
DIRECTRICE DE PRODUCTION : Faure Lucie
REALISATEUR : Szezepaniak Valentin
1ER ASS. REALISATEUR : Spilmont Emani
SCRIPTE : Albertus Lou-Ann
CHEF REGISSEUSE : Quero Romane
REGISSEUR : Carcassonne Nicolas
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE : Le Bihan Alan
CADREUSE : Antony Linda
ASSISTANTE CAMERA : Grandprat Gabrielle
CHEF ELECTRICIEN : Lasande Pablo
ELECTRICIEN : Pean Jérémy
MACHINISTE : Noguera Gauthier
CHEF DECORATRICE : Albertus Lou-Ann
INGENIEUR SON : Blaise Joshua
MONTEUSE : Absyte Nell
Liste artistique
Dans le rôle de Mathilde : Cécilia Boggia
Dans le rôle de la victime : Ysé Breil
Dans le rôle de L'accusé : Josef Bozinosksi