L’Annonce, ou l’inespérée vertu du deuil familial
INFOS
- thème Film de Fin d'Études
- formation 3ème année
- année Promotion 2024
- durée 14:30
SYNOPSIS
Thomas Devoiseau, 25 ans, étudiant en psychiatrie, se rend à la veillée funèbre de sa grand-mère dans la demeure familiale. Décédée la veille, celle-ci était une grande neurochirurgienne, figure autoritaire ayant imposé à toute la famille un modèle d’éducation rigoureux, fondé sur la réussite professionnelle et financière. Chez les Devoiseau, une seule voie est tolérée : la médecine. À bout de souffle, Thomas voit dans cette réunion l’occasion d’annoncer qu’il abandonne ses études. Mais au cœur de cette famille aux attentes écrasantes, la tâche s’annonce bien plus difficile que prévu…
Ce film, réalisé par Antoine Chevrier et son équipe, se présente comme une comédie. Pourtant, derrière l’humour, se déploie un travail de mise en scène et de direction artistique d’une grande précision, conçu pour susciter à la fois le rire… et le malaise.
Dans les coulisses du film L’Annonce.
Le film a été conçu comme une immersion totale dans la tête de Thomas. Dès les premières intentions, l’équipe a fait le choix radical de ne jamais le quitter. Il est au cœur de l’histoire, de l’écran, et du dialogue. Cela a demandé une réelle implication et une vraie contrainte de tournage : l’acteur est présent dans presque tous les plans, ce qui demande une grande endurance, mais surtout une capacité à jongler constamment entre deux registres.
En effet, Thomas existe en double. Face caméra, il est libre, ironique, presque complice avec le spectateur. Face à sa famille, il devient fermé, poli, étouffé. Ce décalage a nécessité un travail très fin avec le comédien, notamment sur les transitions rapides entre ces états.
Une famille, un plan, deux réalités
L’annonce est identifiable par les apartés intégrés dans le dialogue. Mais il ne s’agit pas d’un simple effet comique : ces apartés sont au cœur du dispositif narratif. Pour les rendre à la fois fluides et crédibles, la mise en scène a dû relever plusieurs défis. Le cadrage reste volontairement large, de sorte que, même lorsqu’il s’adresse au spectateur, la famille demeure visible en arrière-plan, continuant à vivre. Le son est retravaillé pour créer une ambiance étouffée qui isole la voix de Thomas. Enfin, la continuité du jeu impose aux autres acteurs de poursuivre leur interprétation sans interagir avec lui. L’ensemble exige ainsi une véritable chorégraphie collective sur le plateau.
Quand les atmosphères servent le récit
Pour le tournage, l’équipe a choisi de se structurer autour de deux pôles visuels forts. D’un côté, les pièces de réception, lumineuses, chargées, presque étouffantes, traduisent la pression sociale et familiale. De l’autre, la chambre de la grand-mère, sombre, épurée et éclairée à la bougie, devient un espace théâtral, presque sacré. Ce contraste a guidé l’ensemble de la direction de la photographie, avec un travail spécifique opposant lumière naturelle et lumière artificielle.
Un travail abouti entre technique et émotion
Certaines scènes ont nécessité un travail de précision particulièrement abouti, notamment la séquence où la grand-mère prend feu. Ce moment, à la fois dramatique et décalé, constitue un point clé du film. En coulisses, il a impliqué un tournage sans feu réel sur le corps, l’ajout d’effets visuels en postproduction, ainsi que l’intégration de plans de flammes réelles pour enrichir le rendu. Le montage y joue un rôle essentiel : le recours au ralenti transforme une situation tragique en un véritable ballet comique, où chaque personnage révèle son incapacité à agir.
Une image au rythme des émotions
L’équipe du film a cherché à accorder l’image au ton général du récit. Pour traduire l’état intérieur de Thomas, le film alterne ainsi plusieurs styles de prise de vue. La steadicam, fluide, accompagne les moments où il garde le contrôle, notamment lors de ses apartés. À l’inverse, la caméra fixe instaure une distance qui permet d’observer les interactions familiales. Enfin, la caméra portée surgit dans les phases de chaos. Ce jeu de variations insuffle un rythme dynamique et renforce les ruptures comiques.
Le son comme outil narratif
Du côté du son, le travail a été particulièrement soigné. Les apartés instaurent une bulle intime, tandis que les dialogues familiaux deviennent parfois presque inaudibles, frôlant l’absurde. Le retour au réel, quant à lui, est marqué par un rehaussement brutal du niveau sonore. Ce traitement permet de placer le spectateur au plus près de la perception de Thomas.
Une direction d’acteurs chorégraphiée
La direction d’acteurs ne laisse rien au hasard. La famille Devoiseau fonctionne comme une mécanique bien huilée, volontairement caricaturale, où chaque personnage incarne un archétype. Cela exige des acteurs une grande précision dans le timing comique, ainsi qu’une capacité à pousser le jeu sans jamais perdre en crédibilité. En parallèle, Thomas connaît une évolution progressive, passant de spectateur passif à véritable moteur de l’action, notamment dans la scène finale.
La libération finale
Le climax du film, avec le discours devant le cercueil, marque un basculement total. Thomas abandonne les apartés, devient enfin audible pour les autres et prend le contrôle de la situation. Ce moment a été pensé comme une libération à la fois narrative et formelle.
L’équipe revendique un choix clair : traiter un sujet lourd, comme la pression familiale et le déterminisme social, par le prisme de l’humour. L’objectif ne se limite pas à faire rire, mais consiste à mettre en lumière des dynamiques familiales toxiques, à questionner les modèles de réussite imposés et, surtout, à montrer qu’il est possible de s’en émanciper.
L’Annonce est un film où chaque choix technique (caméra, son, montage, jeu) est au service d’un même objectif : faire rire tout en racontant une véritable prise de liberté.
Crédits
Équipe technique
Réalisateur : Antoine CHEVRIER
1ère ass. réalisatrice : Léila BOISSON
2ème ass. réalisatrice / dir. de casting : Liliana LEMPEREUR
3ème ass. réalisatrice / chargée de figuration : Romane LEMAÎTRE
Script : Marius PASSENEAUD
Storyboardeuse : Jade RIVIÈRE
Directrice de production : Axelle LESTIENNE
Adjoint de production : Jonas BARRAT
Régisseur général : Noah CHESNEL
Régisseur adjoint : Kouadio Arnaud AHIGRO
Cheffe décoratrice : Cloé TRICOT
Chef accessoiriste : Artus GAUVIN
Cheffe costumière : Jade RIVIÈRE
Cheffe maquilleuse / Cheffe coiffeuse : Liloue LEREBOURS
Directrice de la photographie : Clémentine JAHAN
Opérateur prise de vue : Théo BARRÉ
1er assistant OPV : Valentin FAUCHET
2ème assistant OPV : Théo BELLIER
3ème assistant OPV : Delphin DUGUÉ
Steadicamer : Corentin ARÈS
Chef électricien : Tanguy DEBUCHY
Chef machiniste : Jules LE HENAFF
Chef opérateur prise de son / Mixeur : Étienne LAMARRE
Assistant OPS : Louis MAHIEUX
Perchman : Simon DANIEL
Directrice de post-production : Célia OMIRI
Cheffe monteuse : Anna MANZI
Chargé VFX : Arthur PUYDUPIN
Étalonneur : Maëva BONNEAU
Compositeur : Étienne LAMARRE
Liste Artistique
Rémi LEFEVBRE : Thomas
Juliette ALLAUZEN : Agnes
Nicolas PERRAULT : Xavier
Tifenn BUSNEL : Nathalie
Gaëtan JEHANNO : Bruno
Jean-Yves BOISSON : Pierre
Brigitte DELNATTE : Anne
Marie PAIN : L’amie d’Anne Devoiseau
Emmanuel BUFFET : Docteur Cochard
Séverine ROBIC : Femme du Gynécologue
Véronique CAQUINEAU : Femme du nutritionniste