Dans le cadre de leur troisième année à Cinécréatis, un groupe d’étudiants Lyonnais a choisi de développer un projet audiovisuel autour d’un sujet qui leur tient à cœur. Une liberté de création qui leur permet de défendre leurs convictions, d’explorer des thématiques personnelles et de mettre en pratique les compétences acquises au cours de leur formation. C’est dans ce contexte qu’est né DOUBOUT OUBIEN MÔ, un documentaire engagé consacré au mouvement de contestation contre la vie chère en Martinique.
Porté par Solenne Plumelle et son équipe, le projet prend racine dans une actualité sociale particulièrement forte. Depuis août 2024, la Martinique est traversée par une mobilisation populaire contre le coût de la vie et les inégalités économiques qui touchent les territoires ultramarins. À travers ce documentaire, les étudiants ont souhaité s’intéresser aux conséquences de cette situation sur le quotidien des habitants, mais aussi donner de la visibilité à une lutte dont les enjeux restent parfois méconnus en France hexagonale.
Un sujet choisi, une volonté de s’engager
Le choix de cette thématique est avant tout celui d’une équipe qui souhaite mettre le cinéma au service d’un sujet de société. L’objectif n’est pas simplement de documenter un mouvement social, mais de comprendre les mécanismes qui l’ont fait naître, d’en rencontrer les acteurs et de témoigner de la réalité vécue par la population martiniquaise.
Le projet s’articule autour de trois grandes thématiques : les conséquences du système colonial, la culture antillaise comme vecteur d’expression de la colère et l’union comme force de mobilisation. Une approche qui permet de dépasser la seule question du prix des produits alimentaires pour interroger des problématiques historiques, économiques et identitaires plus profondes.
Pour donner corps à cette ambition, l’équipe a fait le choix de se rendre directement en Martinique. Cette immersion sur le territoire constitue une étape essentielle du projet : rencontrer les habitants, découvrir leurs quotidiens, comprendre leurs difficultés et aller à la rencontre des personnes qui participent au mouvement.
De la préparation au tournage : une véritable expérience de production
Au-delà de son sujet, DOUBOUT OUBIEN MÔ représente un important travail collectif et une mise en situation professionnelle pour les étudiants. De la préparation à la post-production, le projet mobilise différents métiers du cinéma : réalisation, production, mise en scène, image, son, régie et montage.
Le tournage, organisé en Martinique entre le 17 février et le 9 mars 2025, s’est construit autour de quinze jours de travail et de nombreux repérages. L’équipe a notamment investi différents lieux emblématiques de l’île, du mémorial du Cap 110 aux marchés de Fort-de-France, en passant par les champs de canne, les plages et les lieux de rassemblement du mouvement.
Cette expérience a également demandé une grande capacité d’adaptation. Filmer un mouvement social implique de suivre son évolution, de s’adapter aux événements et de construire une relation de confiance avec les personnes rencontrées. Une réalité de terrain qui donne à ce projet une dimension particulièrement formatrice.
Le cinéma comme moyen de faire entendre des voix
Avec DOUBOUT OUBIEN MÔ, les étudiants ne cherchent pas uniquement à réaliser un exercice de fin d’études. Ils souhaitent produire un film capable de susciter une réflexion, de faire naître de l’empathie et, surtout, de donner envie de s’intéresser à une réalité sociale et historique.
Le titre du documentaire, expression créole martiniquaise signifiant littéralement « Soulève-toi ou meurs », traduit cette volonté de résistance et de mobilisation collective. Il fait également écho à la chanson éponyme de Kolo Barst, dont la musique accompagne le projet.
À travers cette réalisation, l’équipe expérimente ainsi toutes les dimensions d’une production documentaire ambitieuse : porter un regard, défendre une intention, travailler au contact du réel et faire de l’image un moyen de transmission.
Une démarche qui illustre pleinement la liberté offerte aux étudiants de Cinécréatis en troisième année : celle de choisir leur sujet, de s’en emparer et de donner vie à un projet qui a du sens.