Un scénario construit comme un rêve lucide
L’histoire suit Mary, une jeune femme plongée dans un rêve lucide. Endormie au cœur d’un immense cocon posé sur une scène de théâtre, elle traverse une série de tableaux cauchemardesques qui lui renvoient les violences de sa vie.
Chaque séquence, construite comme un fragment d’inconscient, pousse Mary à revivre la douleur qu’elle cherche à enfouir. Elle oscille entre soumission et révolte, jusqu’à trouver la force d’émerger de son cocon et renaître avec des ailes de papillon.
La métamorphose : du trauma à la lumière
Le film est traversé par une symbolique forte : celle du papillon de soie, ou plutôt de la mite, créature nocturne que la réalisatrice associe à sa propre trajectoire. Contrairement au papillon solaire, la mite vit dans l’ombre, attirée par la moindre lueur qu’elle trouve. Une métaphore puissante pour évoquer la résilience dans l’obscurité, la beauté cachée des êtres cabossés, ainsi que la lutte intérieure pour atteindre la lumière
Mary est ce papillon de nuit : blessée, hantée, mais déterminée à survivre et à se transformer.
Une esthétique gothique, expressionniste et théâtrale
Marie Viennois revendique un univers visuel inspiré par le cinéma gothique (Burton, Coppola, Del Toro) et les classiques du fantastique muet, comme Nosferatu ou Frankenstein. Le film est tourné en noir et blanc, avec de grands contrastes, sur des décors entièrement fabriqués à la main, dans une théâtralité assumée, où costumes et mise en scène racontent autant que les images.
L’esthétique mêle l’artifice, le “carton-pâte”, le freak show, et une forme de spectaculaire brut qui renvoie à Méliès. Mary incarne tour à tour une Vierge Marie immobile et sacrifiée, une boxeuse pailletée des années 1920, et une figure gothique enveloppée de soie
Chaque costume, chaque décor devient une extension de son état psychique.
Un film muet où les corps parlent
Dans ce court-métrage sans dialogues, Luciana Crouz livre une performance physique et émotionnelle intense. Son jeu, très expressif, oscille entre vulnérabilité et rage. Le film repose entièrement sur l’expression des visages, l’exagération des mouvements, et chorégraphie entre Mary et ses démons.
Cette absence de parole renforce l’aspect universel et introspectif du récit : ce que vit Mary pourrait être vécu par n’importe qui portant en silence ses blessures.
Un défi artistique et humain
Réalisé au sein du studio de Cinécréatis en trois jours de tournage, le film a demandé une construction minutieuse décors, une direction de la photographie exigeante, centrée sur la lumière contrastée, un travail de post-production essentiel ainsi qu’une interpolation en stop-motion d’un papillon artisanal, clin d’œil revendiqué au cinéma artisanal.
Le film est nourri par l’expérience intime de Marie Viennois devient un exutoire, une thérapie artistique, et un autoportrait déformé par le prisme du rêve.
L’émotion du projet est amplifiée par l’histoire de sa production : la disparition tragique de Léna, décoratrice du film et amie proche de la réalisatrice. L’équipe a décidé de poursuivre le tournage en son hommage. Le Papillon de Soi lui est dédié, un geste qui donne à l’œuvre une dimension encore plus poignante.