Hosa
INFOS
- thème Fiction
- formation 3ème année
- durée 4.54
SYNOPSIS
En quête de son identité, Hosa, 20 ans, ne s’attend pas à se confronter aussi brutalement à ses traumatismes passés alors qu’elle s’apprête à s’affranchir des diktats de la société.
Dans les coulisses de Hosa : Mettre en scène l’invisible
Comment filmer les souvenirs enfouis, les micro-agressions et les blessures que l’on porte sans toujours parvenir à les nommer ? Avec Hosa, Gerheta Jupiter imagine un univers sensoriel où la lumière, le son et le slam donnent corps au monde intérieur d’une jeune femme en quête d’identité.
À l’origine de Hosa, il y a une nécessité personnelle : raconter ce qui reste trop souvent tu. Pour Gerheta Jupiter, le rapport aux cheveux constitue une histoire intime, mais aussi collective, particulièrement pour les femmes noires. Les normes esthétiques, les regards extérieurs et les expériences douloureuses peuvent s’inscrire dans le corps et modifier la manière dont une personne se perçoit. La réalisatrice choisit donc de partir d’un geste concret : couper des cheveux défrisés pour retrouver leur texture naturelle, afin d’explorer une réalité psychologique beaucoup plus profonde.
Son intention n’est pas seulement de raconter l’émancipation d’une jeune femme de 20 ans. Elle souhaite montrer ce qui se joue derrière cette volonté de liberté : les souvenirs qui remontent, les traumatismes qui résistent et la difficulté de se reconstruire lorsque le passé continue de peser sur le présent.
Deux espaces pour raconter une seule histoire
L’un des enjeux de la mise en scène consiste à faire cohabiter la réalité et l’univers mental de Hosa. Le salon de coiffure représente un espace quotidien, familier, presque rassurant. La caméra se rapproche du personnage, dans une position qui se veut complice et attentive. Elle capte les instants de vulnérabilité, les hésitations et les moments de résistance.
Mais cette réalité se transforme progressivement. À travers le jeu des distances, des focales et de la lumière, un second espace apparaît : celui des souvenirs et des micro-agressions intériorisées. La lumière douce du salon s’oppose alors à une lumière plus dure, qui accentue les ombres, les contrastes et les traits du visage.
Cette opposition visuelle traduit la fracture intérieure du personnage. Le monde onirique ne constitue pas une simple parenthèse fantastique : il permet de matérialiser ce que le récit réaliste ne pourrait pas toujours exprimer. Les blessures invisibles deviennent une expérience visuelle, une sensation à travers laquelle le spectateur peut approcher la psyché de Hosa.
Le rouge comme territoire émotionnel
Dans cet univers intérieur, le rouge occupe une place centrale. Gerheta Jupiter le pense comme une couleur enveloppante, capable d’évoquer à la fois la chaleur, l’inquiétude et la vitalité. Il devient le territoire dans lequel les souvenirs ressurgissent sans filtre, un espace hors du temps où se rencontrent la douleur et la possibilité de transformation.
Le choix de cette couleur participe à l’identité sensorielle du film. Il ne s’agit pas d’illustrer littéralement les émotions de Hosa, mais de créer une atmosphère qui les fasse éprouver. Le spectateur est ainsi invité à ressentir avant de chercher à comprendre.
Faire du son et des mots une expérience physique
Le travail sonore constitue un autre pilier de la démarche artistique. Les ciseaux, les peignes et les frottements du salon prennent une importance particulière. Amplifiés, prolongés ou mêlés à des silences lourds, ils accompagnent les bascules entre le réel et l’imaginaire.
La note d’intention de réalisation évoque également le recours aux percussions et aux cornes lambis, qui ramènent le personnage à ses blessures intérieures, à sa crise identitaire et à ses origines. La musique reste discrète, mais accompagne les moments où quelque chose se déplace dans la vie de Hosa.
Le slam complète ce dispositif. Plutôt que de raconter les événements de façon linéaire, la parole poétique agit comme un murmure intérieur, parfois retenu, parfois scandé. Elle traverse les images, leur donne un autre rythme et ouvre un espace d’expression aux douleurs enfouies. Dans cet univers, les mots ne servent pas seulement à expliquer : ils deviennent un langage du corps et de l’âme.
Une reconstruction qui n’efface rien
À travers ces choix de mise en scène, Gerheta Jupiter souhaite créer une expérience intime et immersive, capable de toucher le public au-delà de la seule compréhension du récit. Le film s’adresse particulièrement aux femmes noires, dont il fait résonner certaines expériences liées aux cheveux, aux injonctions sociales et à la transmission. Mais il invite également chacun à réfléchir à ses propres blessures et à son rapport aux normes qui façonnent les identités.
L’objectif n’est pas d’imposer une interprétation unique ni de proposer une guérison miraculeuse. La reconstruction demeure fragile, irrégulière, parfois douloureuse, mais elle reste possible.
Avec Hosa, Gerheta Jupiter fait ainsi du cinéma un espace où l’intime devient visible, où le son et la poésie donnent forme à l’indicible, et où un geste capillaire peut ouvrir la voie à une réappropriation de soi.
Crédits
Equipe Technique
Camera Operator : Jade Garondo
Director of Photography : Nathan Alendroit
Director : Gerheta Jupiter
First Assistant Caméra/DIT : Jade Schneylin
Script Supervisor : Mattéo Weber
First Assistant Director : Mélhyne Flambeau
Second Assistant Directo : Mheï Louïsar
Production Manager : Laurie Carron
Key Grip : Anthony Henry
Gaffer : Milena Pourpre
Making ofer : Fabien Sammercelli
Sound Engineer : Nicolas Guichard
Costume Designer : Théo Rouvier
Liste Artistique
Joséphine Hall, Wagne Mame Diarra, Laurence Saint-Louis Augustin, Marcel Camill', Véronique Desserti