Dans la coulisses d'un FFDE : Le Saint Jean

Film de Fin d’Études : un film noir féministe porté par les étudiants de Nantes

En dernière année à Cinécréatis, les étudiants conçoivent et réalisent un film de fin d’études. Ce travail, effectué dans des conditions proches d’une véritable production professionnelle, s’appuie sur des moyens techniques importants et la collaboration d’une équipe de techniciens. Il offre ainsi l’opportunité de mobiliser et d’appliquer l’ensemble des compétences développées tout au long du cursus.

Le Saint Jean : Un huis clos intense dans le Paris des années 60

Avec Le Saint Jean, les co-réalisatrices Léonie Simmonet et Yaëlle Gueguen proposent un court-métrage ambitieux qui revisite les codes du film noir à travers un regard profondément contemporain. Ce film de fin d’études plonge les spectateurs dans un club de jazz parisien en 1962, au cœur d’une nuit où la fête bascule brutalement dans le drame.

Le récit débute dans l’ambiance feutrée et élégante du Saint Jean, un bar huppé du 6ᵉ arrondissement de Paris où résonnent les notes d’un groupe de jazz. Mais derrière les apparences festives se cachent des tensions profondes. Lorsque Paul, le patron du club, est retrouvé assassiné dans les toilettes, une enquête débute sous les yeux de Jeanne, épouse d’un commissaire de police, et de Renée, mystérieuse chanteuse de jazz au passé tourmenté.

À travers cette intrigue criminelle, Le Saint Jean explore des thématiques puissantes : l’emprise masculine, les violences faites aux femmes, la justice et surtout la sororité. Le film suit l’évolution de Jeanne, femme enfermée dans un mariage oppressant, qui voit en Renée une forme de liberté et d’émancipation. Peu à peu, les deux femmes se reconnaissent dans leurs blessures respectives et vont nouer une alliance silencieuse face à une société patriarcale.

Le Saint Jean 15
Le Saint Jean 16
Le Saint Jean 14

Un hommage au film noir des années 60

L’une des grandes forces du projet réside dans sa direction artistique particulièrement affirmée. Inspiré des grands classiques du film noir, Le Saint Jean adopte une esthétique en noir et blanc assumée, pensée comme un véritable outil narratif.

Les réalisatrices souhaitent détourner les codes traditionnels du genre pour raconter une histoire résolument moderne. Ombres marquées, clair-obscur, fumée de cigarettes et lumières contrastées participent à construire une atmosphère sombre et élégante, directement inspirée du cinéma des années 50 et 60.

Le directeur de la photographie Matthis Guillemot imagine une image raffinée où la lumière devient un langage à part entière. Les personnages féminins bénéficient d’éclairages plus doux et enveloppants, tandis que les figures masculines apparaissent souvent fragmentées par l’ombre, accentuant les rapports de domination présents dans le récit.

Le film joue également sur une opposition constante entre la vitalité du jazz et la noirceur des événements. La musique accompagne les scènes festives tout en renforçant progressivement le malaise qui s’installe après le meurtre. Le travail sonore, porté par Mathys Le Floch, occupe ainsi une place centrale dans la narration. Les silences, les respirations et les ambiances étouffées permettent de retranscrire le point de vue intérieur de Jeanne et sa prise de conscience progressive.

Le Saint Jean 08
Le Saint Jean 05
Le Saint Jean 06
Le Saint Jean 07

Des personnages féminins au cœur du récit

Au-delà de son intrigue policière, Le Saint Jean se présente avant tout comme une œuvre féministe. Le film met en lumière deux trajectoires de femmes radicalement différentes mais profondément liées.

Jeanne représente une femme prisonnière des normes sociales de son époque. Empêchée de travailler par son mari, elle rêve pourtant de devenir avocate. Renée, à l’inverse, est une femme indépendante et rebelle, marquée par les violences qu’elle a subies tout au long de sa vie. Après avoir été agressée par son patron, elle décide de se venger dans un geste irréversible.

Le film ne cherche jamais à simplifier ses personnages. Au contraire, les réalisatrices revendiquent une écriture subtile où les regards, les silences et les gestes racontent autant que les dialogues. Cette approche minimaliste, inspirée du jeu des acteurs des années 60, renforce l’intensité émotionnelle du récit.

L’émancipation de Jeanne constitue le véritable cœur dramatique du film. Son choix de protéger Renée devient alors un acte de révolte contre l’ordre établi et contre la domination masculine qui régit sa vie depuis des années.

Le Saint Jean 12
Le Saint Jean 09
Le Saint Jean 10
Le Saint Jean 11

Une immersion visuelle et sonore minutieuse

Le travail de reconstitution occupe également une place importante dans le projet. La cheffe décoratrice Lilou Chardon recrée un club de jazz typique des années 50-60 avec murs en pierre, mobilier en bois, rideaux en velours et éclairages tamisés. Cet univers clos et élégant contribue à renforcer le sentiment d’enfermement vécu par les personnages.

Les costumes participent eux aussi à la caractérisation des protagonistes. Jeanne apparaît dans des tenues sobres et discrètes, tandis que Renée adopte une allure plus affirmée avec robe noire moulante, gants et bijoux, évoquant la figure classique de la femme fatale du film noir.

Le tournage, organisé comme une véritable production professionnelle, témoigne de l’ambition du projet. Entre préparation technique minutieuse, travail sur les effets visuels, mise en scène élaborée et volonté forte de cohérence artistique, Le Saint Jean affirme clairement les intentions d’une équipe désireuse de proposer un cinéma esthétique, engagé et sensoriel.

Avec ce court-métrage, Léonie Simmonet et Yaëlle Gueguen signent une œuvre ambitieuse qui interroge autant le passé que notre époque actuelle, en faisant du cinéma de genre un puissant outil de réflexion sur la liberté des femmes.

Le Saint Jean sera projeté lors du Grand Jury de Cinécréatis, au cinéma de Nantes, début juillet. Les étudiants ainsi que leurs familles auront l’occasion de découvrir le film sur grand écran.