En dernière année à CinéCréatis, les étudiants réalisent un film de fin d’études. Ce projet, mené dans des conditions proches de celles d’un tournage professionnel, mobilise d’importants moyens techniques ainsi qu’une équipe conséquente de techniciens. Il permet aux étudiants de mettre en pratique l’ensemble des compétences acquises au cours de leur formation.
Sur le campus de Bordeaux, l’équipe travaillent actuellement à la réalisation du court-métrage « Introspection d’une serial killeuse », par la réalisatrice Noa Gros, d’après un scénario original de Loris Briand.
un court-métrage hybride entre horreur et comédie
Introspection d’une Serial Killeuse se dessine comme un court-métrage ambitieux qui repose sur une forte cohérence entre tous les pôles de fabrication : écriture, réalisation, image, son, décor, jeu d’acteur et post-production. L’ensemble de l’équipe cherche avant tout à construire un film hybride, à la croisée de la comédie et de l’horreur, capable de traiter un sujet profondément contemporain : la solitude et le manque de lien
Dès l’écriture, les scénaristes ont voulu montrer deux formes de solitude opposées mais complémentaires. Le personnage de Samy incarne une forme d’effacement, une existence en retrait, tandis que Martha, serial killeuse en burn-out, représente l’excès et la fuite dans la violence. Le film ne cherche pas à justifier cette violence, mais à la montrer comme le symptôme d’un vide émotionnel. Ce positionnement donne au projet une tonalité particulière : derrière son aspect absurde et comique, il s’agit avant tout d’un récit humain, presque intimiste, où la rencontre entre deux personnages fissure leur isolement sans jamais le résoudre complètement.
La réalisation prolonge directement ces intentions en travaillant sur la place des corps et des personnages dans le cadre. Le rapport de domination entre Martha et Samy est traduit visuellement : Martha occupe l’espace, souvent en mouvement, filmée en caméra portée avec des focales courtes qui déforment légèrement son visage et accentuent son instabilité. À l’inverse, Samy est filmé avec des focales longues, écrasé dans l’image, comme enfermé dans son propre monde. Ce contraste évolue au fil du récit, accompagnant la transformation des personnages. La mise en scène devient ainsi un outil narratif à part entière.
Un film où les espaces parlent autant que les personnages
Le pôle image joue également un rôle clé, notamment à travers la lumière et la couleur. Le film repose sur une opposition chromatique forte : des tons froids et ternes pour Samy (bleu, gris), contre des couleurs chaudes pour Martha (rouge, orange). Cette opposition ne se limite pas à une caractérisation esthétique, elle traduit leur état intérieur. Progressivement, ces palettes se mélangent, traduisant l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre. Le travail du chef opérateur consiste donc à rendre visible cette évolution tout en conservant une cohérence visuelle forte.
Les décors et accessoires participent eux aussi à la narration. L’appartement de Samy est pensé comme un espace figé, presque hors du temps, rempli d’objets impersonnels qui témoignent de son isolement. À l’inverse, celui de John, lieu de la soirée, est moderne, spacieux et chaleureux, symbolisant une forme de réussite sociale inaccessible pour Samy. Quant à Martha, elle est définie par ses accessoires : ses outils de meurtre, usés et chargés d’histoire, deviennent presque des extensions de son personnage. Chaque élément visuel est ainsi conçu pour renforcer la caractérisation et les contrastes du film.
Entre humour et malaise : un court-métrage porté par le jeu d’acteur et le son
Le jeu d’acteur constitue un autre pilier essentiel. Le projet repose sur des personnages très marqués, dont l’équilibre entre humour et malaise dépend largement de l’interprétation. Le casting est pensé en conséquence : un acteur capable de traduire la maladresse et la douceur de Samy, notamment à travers la danse, et une actrice pour Martha, à la fois intense, inquiétante et capable d’une forme d’innocence. L’humour du film repose en grande partie sur cette direction d’acteurs, sur leur capacité à naviguer entre premier et second degré.
Le son et la musique viennent enrichir cette approche. Le film joue sur des contrastes sonores, entre moments de silence, sound design inquiétant (liés aux actions de Martha) et passages musicaux plus légers ou festifs. La musique, allant du jazz mélancolique à des morceaux plus rythmés, accompagne l’évolution du récit et prépare notamment la scène de danse, moment clé du film.
La post-production au service d’un film hybride entre humour et solitude
Enfin, la post-production vient unifier tous ces éléments. Le montage suit les variations émotionnelles du récit, alternant entre lenteur introspective et énergie chaotique. Le mixage et l’étalonnage renforcent les contrastes de ton et de couleur, permettant de faire exister pleinement ce mélange des genres.
Ainsi, tous les pôles convergent vers une même ambition : créer un film sensoriel, contrasté et profondément humain. Introspection d’une Serial Killeuse ne se limite pas à une comédie horrifique, mais propose une réflexion sur le lien et la solitude, portée par une mise en œuvre technique et artistique cohérente, malgré des moyens limités.
Ce film de fin d’études se distingue par l’ampleur de sa production, réunissant plus de 30 techniciens mobilisés autour du projet, aux côtés de 4 acteurs principaux et d’une vingtaine de figurants. Le tournage, étalé sur 8 jours, s’inscrit dans une organisation proche des conditions professionnelles, avec un budget global de 11 000 €, permettant de mettre en œuvre des moyens techniques et artistiques ambitieux.
Introspection d’une Serial Killeuse sera projeté lors du Grand Jury de Cinécréatis, au cinéma de Bordeaux, début juillet. Les étudiants ainsi que leurs familles auront l’occasion de découvrir le film sur grand écran.