En dernière année à CinéCréatis, les étudiants conçoivent et réalisent un film de fin d’études. Ce travail, effectué dans des conditions proches d’une véritable production professionnelle, s’appuie sur des moyens techniques importants et la collaboration d’une équipe de techniciens. Il offre ainsi l’opportunité de mobiliser et d’appliquer l’ensemble des compétences développées tout au long du cursus.
Cette année, une équipe du campus de Lyon a choisi de réaliser le film Le Mal des Ardents.
Approche esthétique et narrative
Le tournage du court-métrage Le Mal des Ardents se développe avec l’ambition de proposer une œuvre à la fois immersive, intime et profondément contemporaine dans les thèmes qu’elle aborde. Écrit et réalisé par Alexis Limare, le projet plonge les spectateurs dans un village médiéval ravagé par les guerres, la maladie et la peur, où la frontière entre justice, superstition et manipulation devient de plus en plus floue.
À travers une mise en scène inspirée des récits historiques de chasses aux sorcières et des tensions sociales liées aux épidémies, le film suit Michelle, une jeune femme confrontée à la disparition inexpliquée de sa sœur Vera, accusée de sorcellerie par l’inquisiteur du village. Après une exécution publique qui tourne à l’événement surnaturel, Michelle tente de comprendre ce qui s’est réellement passé. Chaque témoin possède sa propre version des faits, chaque regard déforme la vérité, et le doute s’installe progressivement au cœur du récit.
Le projet s’inscrit dans une approche de cinéma atmosphérique, portée par un travail important sur l’image, le son et la mise en scène. L’équipe artistique cherche à recréer un univers médiéval crédible, loin des représentations héroïques ou fantasmées du genre. Ici, les décors, les costumes et la lumière participent avant tout à installer une sensation d’épuisement collectif. Le village du film devient un personnage à part entière : un espace fermé, oppressant, rongé par la peur du « Mal des Ardents », cette maladie mystérieuse qui consume les habitants physiquement autant que mentalement.
Le scénario joue volontairement avec plusieurs points de vue. Au fil du récit, Michelle découvre les témoignages du bourreau, de l’inquisiteur et d’un peintre envoyé pour immortaliser l’exécution. Chacun interprète les événements selon ses croyances, ses peurs ou ses intérêts. Cette construction narrative permet au film de questionner la fabrication de la vérité et le poids des récits collectifs. Dans un contexte marqué par la superstition et l’autorité religieuse, la disparition de Vera devient alors un symbole : miracle pour certains, acte démoniaque pour d’autres.
Recherche visuelle et conception sonore
L’un des aspects les plus marquants du projet réside dans sa volonté de traiter le fantastique avec retenue. Le film ne cherche pas à multiplier les effets spectaculaires, mais à créer un doute permanent chez le spectateur. L’étrangeté naît principalement de la perception des personnages, des silences, de la lumière et des réactions de la foule. Cette approche permet d’ancrer l’histoire dans une tension psychologique plus réaliste et plus humaine.
Le travail de préproduction témoigne également d’une préparation particulièrement détaillée. Il s’appuie sur un découpage technique précis, des recherches visuelles poussées, des intentions d’étalonnage, un workflow de postproduction ainsi qu’un important travail autour des effets visuels. L’objectif est de construire une continuité esthétique cohérente, depuis le tournage jusqu’aux dernières étapes de finition.
L’équipe souhaite notamment utiliser la lumière naturelle et des sources lumineuses inspirées de l’époque afin de renforcer l’authenticité des scènes. Les ambiances sombres, les intérieurs éclairés à la bougie et les extérieurs couverts participent à créer une sensation constante d’instabilité. Le film mise également sur une approche sonore immersive, où les chants, les craquements du bois, les voix de la foule et les grondements de l’orage deviennent des éléments narratifs à part entière.
Un récit historique aux résonances contemporaines
Au-delà de son univers historique, Le Mal des Ardents aborde des thèmes très actuels : la peur de l’autre, la désignation de boucs émissaires, la manipulation collective et la manière dont une société en crise peut basculer dans la violence. À travers le parcours de Michelle, le film interroge aussi la mémoire et la difficulté de préserver un lien humain dans un monde dominé par la peur.
Le projet continue aujourd’hui son évolution avec la volonté de proposer un court-métrage ambitieux sur le plan visuel et émotionnel. Entre drame historique, thriller psychologique et récit fantastique, Le Mal des Ardants entend offrir une expérience immersive portée par une mise en scène sensorielle et un regard contemporain sur des mécanismes de peur collective toujours présents dans nos sociétés.
Le film, toujours en cours de post-production, sera projeté sur grand écran devant un jury de professionnels et d’experts du secteur le 2 juillet 2026, dans une salle de cinéma.