Avec Hosa, son court-métrage de 5 minutes 20, Gerheta Jupiter explore les liens entre cheveux, mémoire et identité. À la croisée du thriller psychologique, de la poésie et de l’onirisme, le film transforme un rendez-vous chez le coiffeur en une plongée dans les blessures intimes et les héritages invisibles d’une jeune femme noire.
Il suffit parfois d’un geste pour faire ressurgir tout un passé. Dans Hosa, la décision de couper ses cheveux défrisés et de retrouver leur texture naturelle devient le point de départ d’un voyage intérieur aussi troublant que nécessaire. Réalisé par Gerheta Jupiter, ce court-métrage de 5 minutes 20 s’intéresse à une question en apparence anodine, mais profondément liée à l’identité, à la transmission et au regard de la société sur les corps des femmes noires.
Au cœur du récit, Hosa, une jeune femme de 20 ans, se rend dans un salon de coiffure avec le désir de retrouver ses cheveux naturels. Mais derrière cette démarche se cache une confrontation avec des souvenirs douloureux, des traumatismes enfouis et des pressions sociales qui ont façonné son rapport à elle-même. Alors que les ciseaux s’activent et que les peignes glissent dans ses cheveux, la réalité se fissure progressivement. Le salon laisse place à un univers onirique dominé par le rouge, où les blessures du passé remontent à la surface.
Le cheveu, une mémoire vivante
Avec Hosa, Gerheta Jupiter aborde le cheveu comme bien davantage qu’un attribut physique. Pour la réalisatrice, il constitue une archive vivante, porteuse d’histoires personnelles et collectives. Les cheveux racontent les injonctions subies, les choix imposés ou revendiqués, mais aussi les renoncements et les reconquêtes de soi.
Le film donne ainsi une dimension symbolique à un geste du quotidien. Couper ses cheveux devient une manière de reprendre possession de son corps et de questionner les normes esthétiques qui pèsent sur les femmes noires. Cette démarche intime rejoint une histoire collective, marquée par la douleur, la fierté et la volonté de s’affranchir des regards extérieurs.
À travers Hosa, la réalisatrice rend également hommage aux mères, aux sœurs et aux aïeules, dont les cheveux ont été les témoins silencieux de nombreuses histoires. Une manière de rappeler que l’identité se construit aussi à travers les héritages que l’on reçoit, parfois sans les avoir choisis.
Entre réalité et monde intérieur
Pour traduire cette confrontation intime, Hosa fait dialoguer deux univers visuels. Les scènes du salon de coiffure s’inscrivent dans un réalisme feutré, porté par une lumière douce et une caméra proche du personnage. Cette proximité permet de saisir sa vulnérabilité autant que ses élans de résistance.
À l’opposé, l’univers onirique se distingue par une lumière plus dure, des contrastes marqués et une présence envahissante du rouge. Cet espace mental donne une forme aux souvenirs et aux micro-agressions qui ont laissé leur empreinte sur Hosa. Il ne s’agit pas simplement de représenter son passé, mais de faire ressentir au spectateur la manière dont celui-ci continue de l’habiter.
Le travail sonore participe pleinement à cette expérience. Les bruits des ciseaux, les frottements des peignes, les silences et les respirations composent progressivement une matière sensorielle. Le slam, lui, traverse le film comme une voix intérieure, donnant des mots aux douleurs enfouies et accompagnant le cheminement du personnage.
Se libérer sans effacer le passé
Plutôt que de proposer un parcours de reconstruction linéaire, Hosa s’attache à la fragilité d’une émancipation. Pour Hosa, retrouver ses cheveux naturels ne signifie pas effacer les blessures, mais commencer à les regarder autrement. La liberté apparaît comme un processus incertain, fait de confrontations, de résistances et de transformations.
Avec ce court-métrage à la frontière du cinéma, de la poésie et de la performance, Gerheta Jupiter invite chacun à interroger ses propres rapports aux normes sociales, à la mémoire et aux traumatismes personnels. Si le film s’ancre dans une expérience particulièrement liée aux femmes noires, il ouvre une réflexion plus universelle sur la possibilité de se réapproprier son histoire.
Car, dans Hosa, retrouver ses cheveux, c’est peut-être avant tout retrouver le chemin vers soi-même.