Dans les coulisses d'un FFDE : Ti Prince

Ti Prince : un court-métrage bouleversant sur la mémoire des Enfants de la Creuse

Avec Ti Prince, la réalisatrice Mélhyne Flambeau signe un court-métrage profondément humain, inspiré de l’affaire des “Enfants de la Creuse”, ce scandale d’État qui a marqué l’histoire de La Réunion entre les années 1960 et 1980. Le film suit la famille Boyer, installée dans une petite case créole au cœur de l’île, dont le quotidien bascule lorsqu’un fonctionnaire métropolitain leur promet un avenir meilleur pour leurs enfants en France.

Un récit intime inspiré d’un drame historique oublié

À travers le destin de Benoît et Élie, deux jeunes frères arrachés à leur foyer sous couvert d’éducation et de réussite sociale, Ti Prince explore avec sensibilité les mécanismes d’une violence institutionnelle longtemps passée sous silence. Le projet s’inspire directement des milliers d’enfants réunionnais déplacés vers la métropole dans le cadre d’une politique menée par l’État français, officiellement destinée à “offrir un avenir” à ces jeunes issus de milieux précaires.

Mais le film refuse tout manichéisme. La grande force du scénario écrit par Laurie Carron réside dans la manière dont il met en lumière le dilemme des parents. Lauretta et Hervé Boyer ne sont pas dépeints comme des victimes passives, mais comme des parents aimants, confrontés à une réalité sociale écrasante. Entre pauvreté, analphabétisme et désir sincère d’offrir une vie meilleure à leurs enfants, leur décision devient un choix tragique dicté par l’espoir.

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Une approche naturaliste au plus près des émotions

Dans sa note d’intention, Mélhyne Flambeau revendique une mise en scène naturaliste et contemplative, largement influencée par Rue Cases-Nègres. La caméra se veut discrète, proche des corps, des silences et des regards. L’objectif n’est pas de surdramatiser le récit, mais de placer le spectateur dans une posture d’observateur, témoin d’une intimité progressivement fissurée par l’intervention de l’État.

Le film accorde également une place essentielle au travail sonore. Le vent dans les champs de canne, les craquements du bois, les oiseaux ou encore les voix en créole réunionnais participent à recréer un environnement vivant et immersif. La musique maloya, véritable symbole culturel réunionnais, devient elle aussi un élément narratif majeur. Héritée des chants d’esclaves et classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO, elle accompagne le film comme une mémoire vivante de l’île et de ses blessures.

Une reconstitution minutieuse de La Réunion des années 60

Ti Prince ambitionne de recréer fidèlement la Réunion rurale des années 1960, avec ses cases en tôle, ses marchés de bord de route et ses objets du quotidien.

Chaque détail a été pensé pour raconter la vie de cette famille modeste sans tomber dans le misérabilisme. À l’intérieur de la case familiale, les meubles patinés, les papiers journaux servant de tapisserie ou encore les ustensiles émaillés participent à donner une âme au décor. À l’extérieur, les outils agricoles, les jouets fabriqués artisanalement et les linges suspendus renforcent l’authenticité de cet univers.

Les lieux de tournage semblent eux aussi pensés comme des personnages à part entière. Les chemins boueux, les champs de canne à sucre et les petits marchés populaires permettent d’ancrer le récit dans une Réunion à la fois chaleureuse et marquée par les inégalités sociales de l’époque.

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Un film de mémoire porté par une nécessité personnelle

Au-delà du récit historique, Ti Prince est aussi un projet profondément intime pour ses créatrices. Laurie Carron explique avoir découvert tardivement l’histoire des Enfants de la Creuse, avant d’apprendre que sa propre grand-mère avait failli être confrontée à cette situation. Cette révélation a nourri le besoin de raconter cette mémoire encore méconnue du grand public.

Le court-métrage s’inscrit ainsi dans une démarche de transmission. En redonnant un visage à ces familles réunionnaises et en montrant la complexité de leurs choix, Ti Prince cherche à ouvrir un dialogue sur une page sombre de l’histoire française encore trop rarement représentée au cinéma.

Entre émotion intime, reconstitution historique et regard politique, le film s’annonce comme une œuvre forte, portée par une véritable volonté de mémoire et de justice.

 Ti Prince sera projeté lors du Grand Jury de Cinécréatis, au cinéma Pathé Odysseum de Montpellier, début juillet. Les étudiants ainsi que leurs familles auront l’occasion de découvrir le film sur grand écran.

Crédit photos : Thomas Courbard

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